Transport en mer: l’EU adopte de nouvelles règles de décarbonisation

L'EU donne un signal fort pour la décarbonation du secteur maritime avec l'adoption de règles contraignantes sur les émissions de gaz à effet de serre des navires de plus de 5 000 tonnes. Cette décision historique incitera les compagnies et les ports à investir dans des technologies propres.
RWE Clean Energy - 2023-03-24T123348.259

Les plus gros navires de l’EU sont désormais soumis à de nouvelles règles en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Les eurodéputés et les États membres ont convenu d’un accord jeudi dernier pour obliger les navires de plus de 5 000 tonnes à se tourner vers des carburants durables, tels que l’hydrogène, et à réduire leurs émissions de carbone de 80 % d’ici 2050 par rapport à 2020. Cette décision fait suite à une première initiative prise en novembre 2022, dans laquelle l’EU avait décidé d’intégrer progressivement le transport maritime à son marché carbone.

Les modalités de cette décarbonation du secteur maritime ont désormais été définies, avec des objectifs clairs pour réduire l’intensité en gaz à effet de serre des carburants maritimes. Les émissions des plus gros navires devront être réduites de 2% en 2025 par rapport à 2020, puis de 14,5% en 2035 et de 31% en 2040. Cette exigence s’applique aux navires d’au moins 5 000 tonnes, qui fonctionnent essentiellement au fioul lourd et sont responsables de 90% des émissions de CO2 du secteur. La possible inclusion des navires plus petits sera cependant étudiée “d’ici 2028”.

L’utilisation des “carburants renouvelables d’origine non-biologique” (RFNBO), tels que les carburants synthétiques durables comme l’hydrogène vert, sera fortement encouragée. Pour concrétiser ces objectifs, la part des RFNBO devra s’élever à 2% à partir de 2024, une disposition qui suscite toutefois des inquiétudes quant à leur disponibilité encore très limitée. Les armateurs qui y recourent pourront bénéficier jusqu’en 2035 de crédits supplémentaires pour compenser leurs émissions.

Enfin, le texte oblige les porte-conteneurs et les navires de croisière à utiliser l’alimentation électrique à terre lorsqu’ils sont à quai “dans les principaux ports” de l’EU, à partir de 2030, pour limiter la pollution atmosphérique. Cette obligation sera étendue après 2035 à tous les ports européens, s’ils sont équipés. Cette mesure permettra de réduire considérablement la pollution dans les zones portuaires.

Cette décision représente une véritable révolution dans le secteur maritime, en créant des règles prévisibles à long terme pour faciliter l’investissement des compagnies et des ports. Elle obligera également les autres régions du monde à agir pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Selon Jörgen Warborn, rapporteur du texte et membre du Parti populaire européen, les règles définies permettront aux compagnies et aux ports d’investir en toute confiance à long terme. Il a également noté que ces mesures inciteraient les autres régions du monde à agir de même pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. De son côté, l’eurodéputé Pierre Karleskind, membre de Renew Europe, s’est félicité de la reconnaissance de la propulsion à voile comme une technologie efficace pour décarboner le secteur maritime. En effet, l’installation de voiles sera désormais récompensée dans le calcul de l’intensité carbone d’un navire.

Cependant, l’ONG environnementale Transport&Environment a salué avec modération cette avancée. Bien qu’elle considère que l’accord marque “le début de la fin pour les navires sales au mazout”, elle déplore des lacunes dans le texte qui pourraient laisser perdurer l’usage de biocarburants ou de carburants bas-carbone qui sont également dommageables pour le climat. Il est donc nécessaire de continuer à travailler pour éliminer ces sources de pollution.

En résumé, l’accord sur la décarbonation du secteur maritime est une avancée majeure pour lutter contre le changement climatique et les émissions de gaz à effet de serre. Les règles prévisibles à long terme permettront aux compagnies et aux ports d’investir en toute confiance, tandis que la reconnaissance de la propulsion à voile encouragera l’adoption de technologies propres. Toutefois, il est important de continuer à travailler pour éliminer toutes les sources de pollution et atteindre les objectifs climatiques ambitieux.

Dans cet article :​
Articles qui pourraient vous intéresser ​

France: CGT accuse GRDF de licenciements discriminatoires en Ile-de-France

La CGT dénonce des licenciements discriminatoires au sein de GRDF, le distributeur de gaz. Des actions disciplinaires visant des agents syndiqués ont été dévoilées, avec des accusations de discrimination raciale et de genre. La direction de GRDF nie ces allégations, affirmant que les licenciements sont justifiés par des faits fautifs. La CGT prévoit de mobiliser et de poursuivre des actions en justice pour contester ces décisions.

Siemens Energy prévoit de se concentrer sur les réseaux électriques américains pour profiter de l’impulsion de l’IRA

Siemens Energy envisage de renforcer sa présence aux États-Unis pour saisir les opportunités dans les énergies renouvelables et l’hydrogène. La réglementation favorable et la demande croissante dans ces secteurs incitent l’entreprise à envisager la mise en place d’une production locale. Alors que les États-Unis et l’Europe rivalisent pour attirer les investissements, Siemens Energy explore de nouvelles possibilités tout en assurant un équilibre entre les marchés américain et européen. L’expansion de la capacité d’électrolyseurs à l’usine de Berlin et l’intérêt croissant des clients américains témoignent de l’essor des projets commerciaux dans l’hydrogène aux États-Unis.

Plug Power réalise une importante avancée stratégique dans l’économie de l’hydrogène vert de la Finlande avec sa technologie éprouvée d’électrolyseur PEM et de liquéfaction

Plug Power s’implante stratégiquement dans l’économie de l’hydrogène vert en Finlande grâce à sa technologie d’électrolyseur PEM et de liquéfaction. Cette décision majeure marque une étape importante pour l’entreprise dans sa volonté de soutenir la transition énergétique et de devenir un acteur clé de la production d’hydrogène vert en Europe.

Asda rachète les stations-service EG des frères Issa qui consolident leur empire

Asda, l’un des principaux supermarchés au Royaume-Uni, annonce l’acquisition d’EG Group, incluant ses stations d’essence et supérettes alimentaires, pour une valeur de 2,3 milliards de livres. Cette opération stratégique vise à accélérer la croissance d’Asda dans les magasins de proximité et la distribution sous différents formats.

Batteries automobiles: où en est l’Europe?

La production de batteries électriques automobiles connaît une croissance fulgurante en Europe, avec plus de 50 projets d’usines de batteries lithium-ion annoncés d’ici à 2030. Alors qu’elles étaient presque inexistantes auparavant, cette spécialité asiatique trouve désormais sa place sur le vieux continent. L’Allemagne, la Hongrie, la France et la Norvège se distinguent parmi les pays leaders dans cette expansion, avec des projets ambitieux tels que l’usine de CATL en Hongrie et celle de LG Chem en Pologne. La France aussi se positionne avec des initiatives telles que l’usine ACC détenue par Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies. Ces avancées témoignent d’un futur prometteur pour la transition vers les véhicules électriques en Europe.

France: Plusieurs “faux” soudeurs repérés sur le chantier du réacteur expérimental Iter

Des soudeurs faussement qualifiés ont été détectés sur le chantier du réacteur expérimental international Iter, à Cadarache, en France, suscitant l’alerte de l’autorité de sûreté nucléaire (ASN). Cette situation soulève des préoccupations quant à la rigueur des contrôles et de la surveillance des intervenants dans les projets nucléaires. Des mesures ont été prises par Iter pour remédier à cette situation, tandis que l’ASN insiste sur l’importance de maintenir des standards de sécurité élevés. Cette affaire survient à un moment critique alors que le pays s’apprête à relancer le nucléaire et qu’EDF effectue des vérifications et réparations sur des soudures à risques.