Pétrole à 100 dollars : les consommateurs américains mieux armés que prévu
Malgré la flambée des prix du pétrole liée au conflit iranien, les ménages américains affichent une résilience inédite. L'énergie ne représente plus que 2% de leurs dépenses, un plus bas en 80 ans.
| Pays cités | États-Unis, Iran, Ukraine |
|---|---|
| Sociétés citées | OMV |
| Secteur | Pétrole, Carburants |
| Thème | Marchés & Finance, Prix |
La fermeture du détroit d'Ormuz, consécutive aux frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, constitue l'un des chocs d'approvisionnement énergétique les plus sévères observés depuis plusieurs décennies. Le brut a bondi à 83 dollars le baril, tandis que le S&P 500 et le Nasdaq ont chacun cédé 5%, effaçant plus de 3 000 milliards de dollars de capitalisation boursière américaine. Pourtant, plusieurs indicateurs fondamentaux indiquent que les ménages américains sont mieux préparés que lors des précédents chocs pétroliers.
Une part historiquement faible dans le budget des ménages
Selon le Bureau of Economic Analysis (BEA), les dépenses en carburants et produits énergétiques ne représentaient que 2% de la consommation totale des ménages américains au quatrième trimestre de l'année dernière, soit le niveau le plus bas depuis 80 ans. En comparaison, cette part culminait autour de 6% entre 1980 et 1981, lors du dernier grand choc pétrolier. En 2008, quand le brut avait frôlé les 150 dollars le baril, et en 2022 lors du pic à 130 dollars du brut américain, ce ratio demeurait nettement supérieur. Les stocks commerciaux américains de pétrole brut ont par ailleurs bondi de 6,2 millions de barils, témoignant d'une offre encore présente malgré les tensions géopolitiques.
Les bilans patrimoniaux des ménages n'ont jamais été aussi solides. Les données de la Réserve fédérale (Fed) indiquent que la valeur nette des ménages a atteint 794% au quatrième trimestre de l'année dernière, son niveau le plus élevé depuis début 2022. Depuis les années 1950, cette proportion n'a été dépassée qu'à trois reprises, toutes durant la période 2021-2022, distordue par la pandémie. Le taux de chômage se situe à un niveau historiquement bas, renforçant la capacité des ménages à absorber la hausse des coûts énergétiques.
Des prix à la pompe en forte progression
La pression reste néanmoins palpable à la pompe. Selon l'American Automobile Association (AAA), le prix moyen national de l'essence approche désormais les 4 dollars le gallon, en hausse de 35% en un seul mois. L'Energy Information Administration (EIA) évalue ce prix à 3,72 dollars, en hausse de 27% depuis le début du conflit, au plus haut depuis plus de deux ans. À la suite de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, les prix à la pompe étaient restés au-dessus de 4 dollars pendant six mois consécutifs, avant de culminer à 5 dollars en juin de la même année.
L'inégalité énergétique, une réalité qui s'aggrave
La résistance globale des ménages masque de profondes disparités sociales. Une étude de la Fed révèle qu'un ménage américain sur cinq est en situation de « fardeau énergétique » : son ratio moyen de dépenses énergétiques par rapport au revenu disponible atteint 25%, contre seulement 7% pour les ménages non concernés. Ces foyers se concentrent principalement dans les deux quintiles inférieurs de revenus. La montée des prix du pétrole pourrait par ailleurs se propager à l'ensemble de l'économie, affectant les transports, l'industrie manufacturière et d'autres secteurs.
Le conflit iranien, un choc plus sévère que la crise ukrainienne selon OMV
Sur le plan de l'approvisionnement mondial, le conflit iranien pourrait dépasser la crise ukrainienne en intensité. Alfred Stern, directeur général du groupe énergétique autrichien OMV, estime que la confrontation opposant les États-Unis et Israël à l'Iran risque de réduire l'offre mondiale d'énergie davantage que l'invasion russe de l'Ukraine en 2022. Selon lui, si le conflit ukrainien avait principalement provoqué un réacheminement des flux d'approvisionnement, la guerre en Iran réduit directement les volumes disponibles sur les marchés mondiaux. Entré dans sa quatrième semaine, le conflit a endommagé des infrastructures énergétiques majeures dans le Golfe, et ses effets économiques sont déjà perceptibles dans les pays à faible revenu.










