Détroit d'Ormuz : Paris mobilise des prêts Bpifrance pour soutenir la pêche française
Face à la hausse des prix du carburant depuis le 28 février, liée à la crise au Moyen-Orient et au blocage du détroit d'Ormuz, le gouvernement français déploie des mesures d'urgence pour préserver la trésorerie des entreprises de pêche.
| Pays cités | France |
|---|---|
| Secteur | Pétrole, Gazole |
| Thème | Politique & Géopolitique, Sécurité énergétique |
La crise au Moyen-Orient perturbe les marchés pétroliers depuis le 28 février, entraînant une hausse significative et rapide des cours mondiaux du brut et de ses dérivés. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, reste au cœur des tensions géopolitiques. Face à l'instabilité persistante des prix, illustrée notamment par les frappes en Iran qui ont fait grimper le pétrole à 83 dollars, le gouvernement français a annoncé plusieurs mesures d'urgence pour soutenir la filière de la pêche, directement exposée à ce choc énergétique. Les cours restent volatils depuis trois semaines, selon les autorités, et la durée de la crise demeure incertaine.
Une filière exposée à une forte pression financière
Le carburant représente une part importante des charges d'exploitation d'un navire de pêche. La hausse du gazole affecte directement la rentabilité des navires, mais aussi l'ensemble de la chaîne aval : criées, mareyeurs et distributeurs. Dans un contexte où les marchés pétroliers mondiaux connaissent de fortes variations, la planification financière des professionnels du secteur s'avère particulièrement difficile. Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, a rencontré à plusieurs reprises les représentants de la filière ces dernières semaines. Le 13 mars, elle a coorganisé avec Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l'Énergie, une réunion interministérielle réunissant représentants de la filière, établissements bancaires et énergéticiens.
Des dispositifs immédiats pour soulager la trésorerie
Le gouvernement a instauré dès le début de la crise un suivi quotidien des prix du gazole. Trois dispositifs ont été annoncés pour soutenir la trésorerie des entreprises de pêche. Les cotisations sociales peuvent faire l'objet d'un échelonnement sans frais ni majoration sur demande auprès de l'URSSAF (Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales). Les entreprises peuvent également demander un étalement de leurs échéances fiscales auprès de leur direction départementale des finances publiques, et bénéficier de prêts de trésorerie garantis par Bpifrance.
Des discussions sont par ailleurs en cours avec les metteurs en marché pour activer les incitations fiscales mobilisées en 2024, permettant une remise à la pompe. Le gouvernement a engagé un dialogue avec le secteur bancaire pour encourager la souplesse dans le traitement des dossiers individuels des entreprises en difficulté. Catherine Chabaud a également appelé les consommateurs et la grande distribution à privilégier les produits de la mer d'origine française.
Des perspectives structurelles pour réduire la dépendance aux fossiles
À moyen et long terme, le gouvernement entend tirer les conséquences structurelles de cette crise pour diminuer la dépendance de la flotte aux énergies fossiles importées. Un travail d'actualisation des dispositifs de certificats d'économie d'énergie (CEE) en faveur de la pêche sera mené pour accompagner financièrement les navires dans leur démarche d'efficacité énergétique. Un mécanisme assurantiel, prévu dans le contrat stratégique de filière signé en 2025, sera mis en place pour protéger le secteur contre de futures crises énergétiques.
Les travaux de décarbonation de la flotte de pêche française se poursuivront au niveau national et européen, en coordination avec la Commission européenne pour lever les verrous réglementaires au renouvellement des flottes. "Nos pêcheurs font face à une situation exceptionnelle, qui s'ajoute à de nombreuses autres difficultés. Tout le Gouvernement est mobilisé pour leur apporter des réponses immédiates, mais aussi pour bâtir une filière plus résiliente, moins dépendante des énergies fossiles. C'est l'affaire de tous : des professionnels de la pêche bien sûr, mais aussi des banques, des énergéticiens et des consommateurs", a déclaré Catherine Chabaud.








