Le conflit au Moyen-Orient inflige 25 milliards de dommages aux infrastructures énergétiques
Le conflit au Moyen-Orient a causé pour au moins 25 milliards de dollars de dommages aux infrastructures énergétiques de la région, selon Rystad Energy, avec des délais de remise en état pouvant atteindre cinq ans.
| Secteurs | Gaz, Gaz naturel, GNL, Pétrole, Raffinage |
|---|---|
| Thèmes | Politique & Géopolitique, Conflit Armé |
| Sociétés | Rystad Energy, Bapco |
| Pays | Qatar, Bahreïn, Iran |
Le conflit au Moyen-Orient a engendré des coûts de réparation et de remise en état des infrastructures énergétiques estimés à au moins 25 milliards de dollars, selon le cabinet d'analyse Rystad Energy. Cette destruction de capacités stratégiques perturbe les marchés mondiaux de l'énergie, dans un contexte où des corridors d'approvisionnement alternatifs, comme l'alliance gazière entre l'Algérie et l'Espagne autour du gazoduc MedGaz, gagnent en importance stratégique. La vitesse de récupération régionale dépendra, selon les analystes, des capacités d'exécution et du calendrier de déploiement des capitaux.
Qatar : 12,8 millions de tonnes par an de capacité GNL perdues à Ras Laffan
La destruction des trains de gaz naturel liquéfié (GNL) S4 et S6 à Ras Laffan Industrial City, au Qatar, illustre l'ampleur des perturbations subies. Ces deux unités représentent une perte de capacité de 17%, soit 12,8 millions de tonnes par an, et ont déclenché un cas de force majeure. Rystad Energy indique que la remise en service ne peut contourner un délai de récupération allant jusqu'à cinq ans, seuls trois fabricants produisant dans le monde les turbines à gaz large cadre indispensables aux systèmes de réfrigération. Dans un secteur gazier mondial sous pression structurelle, des opérateurs procèdent en parallèle à des cessions d'actifs, à l'image de la centrale gaz de Norte Fluminense, cédée par EDF pour 230 millions d'euros.
Les contraintes d'approvisionnement en équipements spécialisés limitent mécaniquement le rythme de reconstruction, indépendamment du volume de capitaux mobilisés. La dépendance à un nombre restreint de fournisseurs accentue les risques de dépassements des délais estimés. Ce goulot d'étranglement structurel constitue, selon Rystad Energy, l'obstacle principal à une reprise rapide des capacités dans la région.
Bahreïn : la raffinerie BAPCO Sitra fragilisée après une modernisation de 7 milliards de dollars
À Bahreïn, la raffinerie Sitra de BAPCO (Bahrain Petroleum Company) présente une situation distincte. Deux frappes sur des unités de distillation du brut (UDC) et un parc de stockage ont déclenché un cas de force majeure à l'échelle du groupe. «Le principal obstacle n'est pas un manque d'équipement, mais le moment catastrophique des dommages, survenus après un programme de modernisation de 7 milliards de dollars ayant atteint son achèvement mécanique seulement en décembre dernier», indique Rystad Energy.
La destruction est survenue quelques mois après le démarrage de la production, privant la raffinerie de sa nouvelle capacité de traitement et des revenus nécessaires au service de son investissement massif. La remise en état implique désormais de remobiliser des contractants internationaux à des coûts majorés par le conflit. La raffinerie doit également naviguer dans un marché d'assurance risque de guerre incertain pour des actifs qui avaient à peine achevé leur transition vers l'exploitation.
Reconstruction : priorités sectorielles et impact des sanctions iraniennes
Rystad Energy estime que les opérateurs devraient prioriser la remise en état des champs existants plutôt que le développement de nouveaux projets, au fur et à mesure que les dépenses de réparation s'accélèrent. Cette orientation génère une demande pour les prestataires en ingénierie, approvisionnement et construction (EPC) ainsi que pour les fabricants d'équipements d'origine. Le maintien des sanctions contre l'Iran limiterait l'accès aux contractants et aux technologies occidentaux, laissant aux acteurs domestiques et est-asiatiques la capture de l'essentiel de l'activité liée à la reconstruction dans la région.