L’Allemagne compte sur le GNL

L'Allemagne cherche des alternatives pour éviter une pénurie de gaz. Ainsi, face à la réduction du flux de gaz russe via Nord Stream 1, le pays mise sur le GNL. L'Allemagne entend approvisionner deux FSRU.
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L’Allemagne compte se chauffer avec du GNL cet hiver, alors que la Russie a fortement réduit les flux de gaz via Nord Stream 1. La première puissance économique de l’Europe sécurise ses importations de gaz alternatif, dans un contexte de forte demande. Moscou continue d’utiliser le gaz comme une arme en prévoyant, prochainement, une nouvelle flambée des prix.

L’Allemagne obtient la garantie des principaux importateurs allemands de gaz de maintenir en approvisionnement deux terminaux flottants de GNL à partir de cet hiver. Cela permettra de réduire la dépendance russe. Parallèlement, la Russie continue de réduire les flux en évoquant des problèmes d’équipement.

La solution du GNL

Le protocole d’accord conclu avec Uniper, RWE, EnBW/VNG permet d’assurer l’approvisionnement des deux unités flottantes de stockage et de regazéification (FSRU). Les importateurs de gaz s’engagent à des livraisons fermes pour cet hiver via ce protocole.

Les volumes de gaz sont répartis de manière équivalente entre les importateurs: Uniper (35%), RWE (35%) et EnBW/VNG (30%). À noter, un contrat ferme devrait voir le jour d’ici la fin septembre.

Niek den Hollander, directeur commercial d’Uniper, explique;

“Il s’agit de remplacer très rapidement une partie des volumes de gaz manquants en provenance de Russie cet hiver.”

Ces deux FSRU se situent à Brunsbuettel et Wilhelmshaven. Leur mise en service est prévue cet hiver, et l’exploitation devrait durer jusqu’en mars 2024.

Selon les chiffres de la société de recherche Enerdata, l’utilisation des deux FSRU permettra à l’Allemagne de recevoir jusqu’à 12,5 milliards de m3 de GNL par an. Cela représente environ 13% de la consommation de gaz du pays en 2021, d’après cette même source.

Ces infrastructures sont provisoires. Le pays est dans l’attente de deux terminaux GNL permanents, les premiers construits dans le pays. Par conséquent, l’Allemagne pourrait remplacer le gaz russe fourni via le pipeline.

Malgré la forte demande de GNL depuis le début de la crise, les importateurs allemands ont, jusqu’à présent, réussi à se fournir sur le marché mondial. Les cargaisons allemandes de GNL s’estiment à 500 milliards de mètres cubes par an.

Le gaz, l’arme de la Russie

Avant la crise, la Russie était le principal fournisseur de gaz de l’Allemagne via le gazoduc Nord Stream 1. Le gazoduc fournissait 55 bcm de gaz par an à l’Allemagne. Aujourd’hui, le flux est réduit à 20% de sa capacité.

D’un côté, Moscou justifie cette réduction des flux par les sanctions qui retardent les réparations ou par des équipements défectueux. De l’autre côté, Berlin accuse son homologue russe de trouver des prétextes en réponse aux sanctions occidentales.

S’ajoute à cela, une réduction importante des flux via l’Ukraine. Selon Gazprom, les exportations de gaz ont fortement chuté entre le 1er janvier et le 15 août, de l’ordre de plus d’un tiers. Elles s’élèvent maintenant à 78,5 milliards de m3. De plus, la production baisse de 13,2% pour atteindre 274,8 milliards de m3 par rapport à l’année dernière.

C’est pour cette raison que l’Allemagne cherche continuellement des alternatives au gaz russe, notamment le GNL. Face au chantage de Moscou, elle n’écarte pas la possibilité de rationner le gaz.

En outre, Robert Habeck, ministre allemand de l’Économie, déclare:

 “[Il faut tout faire] pour nous rendre indépendants et moins sensibles au chantage de Poutine, et pour donner à l’Allemagne une infrastructure énergétique robuste et résiliente, ou dans ce cas une infrastructure gazière. […] Les actions erratiques du président russe, les prétextes [concernant Nord Steam 1] …Je m’attends à ce que nous devions encore et encore faire face à de nouveaux défis. […] Et si le Qatar ne fait pas l’offre la moins chère, les entreprises sont bien avisées, dans l’intérêt des consommateurs, de ne pas accepter l’offre la plus chère.”

Pour rappel, les pourparlers entre l’Allemagne et le Qatar, un producteur important de GNL, ont échoué.

Une nouvelle flambée des prix du gaz

Depuis mardi, le prix du gaz augmente de nouveau pour s’échanger autour de 223 €/MWh. En comparaison, il y a un an, le gaz valait 46 €/MWh. Néanmoins, le niveau record reste celui du printemps dernier, avec près de 335 €/MWh.

Par ailleurs, Gazprom annonce une nouvelle flambée des prix de l’ordre de 60% par rapport aux niveaux actuels. La société russe estime que, cet hiver, le gaz pourrait dépasser les 4.000$ par 1.000 mètres cubes. Actuellement, le prix est de 2.500$. Cela risque d’impacter fortement les consommateurs européens.

De surcroît, la flambée des prix du gaz met en difficulté les acteurs du secteur. Par exemple, Uniper, qui lutte pour respecter ses engagements d’approvisionnement, a fait face à une crise financière. C’est pour cette raison, qu’en juillet, le gouvernement allemand décide de renflouer la société avec un accord de 15 milliards d’euros.

De même, le gouvernement allemand participera à hauteur de 50% dans le futur terminal GNL fixe de Brunsbuettel, codétenu par RWE et Gasunie.

Ainsi, l’Allemagne continue sa ruée vers le GNL pour pouvoir se chauffer cet hiver, tandis que la Russie maintient la pression via ses flux de gaz.

 

Illustration par Tan Zhi Yon

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