La Hongrie va progressivement réduire ses livraisons de gaz à l'Ukraine
Viktor Orban a conditionné la poursuite des livraisons hongroises de gaz à l'Ukraine à la restauration de l'approvisionnement pétrolier via l'oléoduc Droujba, endommagé selon Kiev lors de frappes russes en janvier.
| Pays cités | Hongrie, Ukraine, Slovaquie, Russie |
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| Secteur | Gaz, Gaz naturel, Pétrole, Transport stockage |
| Thème | Politique & Géopolitique, Sécurité énergétique |
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a annoncé mercredi une réduction progressive des livraisons de gaz à l'Ukraine, conditionnant toute poursuite des exportations à la restauration de l'approvisionnement pétrolier via l'oléoduc Droujba. "Pour briser le blocus pétrolier et garantir la sécurité de l'approvisionnement énergétique de la Hongrie, de nouvelles mesures sont désormais nécessaires", a-t-il déclaré dans une vidéo publiée sur Facebook. "Tant que l'Ukraine ne fournira pas de pétrole, elle ne recevra pas de gaz de la part de la Hongrie", a-t-il ajouté. Cette annonce intervient dans un secteur gazier européen en pleine recomposition, comme en témoignent le démarrage par TotalEnergies de la production du champ gazier offshore Quiluma en Angola ou la cession par EDF de la centrale gaz de Norte Fluminense pour 230 millions d'euros.
L'oléoduc Droujba au cœur du bras de fer
Les autorités ukrainiennes affirment que l'oléoduc Droujba, qui transite par leur territoire pour acheminer du pétrole russe vers l'Europe centrale, a été endommagé lors de frappes russes le 27 janvier. La Hongrie et la Slovaquie, qui bénéficient d'exemptions accordées par l'Union européenne (UE) pour continuer à acheter du pétrole russe, accusent Kiev de n'avoir pris aucune mesure pour réparer l'infrastructure depuis lors. Budapest et Bratislava bloquent également l'adoption officielle de nouvelles sanctions économiques contre la Russie — entérinées par les autres États membres de l'UE — en invoquant les mêmes raisons liées à l'oléoduc.
En représailles, Viktor Orban a suspendu un prêt européen de 90 milliards à l'Ukraine. La semaine précédant cette annonce, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait indiqué que l'UE allait aider à rouvrir l'oléoduc Droujba. Ces mesures illustrent l'imbrication des enjeux énergétiques et diplomatiques entre Budapest et Kiev, dans un contexte de guerre en Ukraine qui continue de remodeler les flux d'hydrocarbures sur le continent.
Une dépendance gazière construite depuis 2022
L'Ukraine a importé 2,94 milliards de mètres cubes de gaz depuis la Hongrie en 2025, faisant de Budapest sa principale source d'approvisionnement en gaz, selon un rapport du cabinet de conseil ukrainien ExPro. Ces volumes représentaient 45,5 % de l'ensemble des importations gazières ukrainiennes sur l'année. La part de la Hongrie dans ces importations est depuis tombée à 34 % en mars 2026, selon la même source.
D'après les analystes de la fondation hongroise Oeconomus Economic Research Foundation, considérée comme proche du pouvoir, la part du gaz naturel en provenance de Hongrie dans la consommation ukrainienne est passée de 2,5 % en 2022 à 14 % sur les dix premiers mois de 2025. Ce chiffre est corroboré par le cabinet de conseil ukrainien Dixi Group, qui indique dans un rapport publié en mars que la Hongrie représentait 14 % des 21 milliards de mètres cubes de gaz consommés par l'Ukraine en 2025.









