Neutralité carbone : de quoi parle-t-on ?

Neutralité carbone : de quoi parle-t-on ?

La « neutralité carbone » (ou « zéro net) » est un terme apparu pour la première fois dans un texte officiel avec l’Accord de Paris sur le climat de 2015. L’idée derrière ce concept est que, pour parvenir à la neutralité carbone, les émissions de gaz à effets de serre (GES) doivent être compensées par des absorptions de CO2 dans des quantités équivalentes. Le zéro net admet que, dans certains secteurs comme l’agriculture ou l’aviation, il est peu probable d’atteindre l’absence totale d’émissions de gaz à effet de serre. Pour pouvoir répondre aux objectifs climatiques, les partisans de la neutralité carbone misent donc sur l’équilibre entre réduction des GES et absorption des émissions résiduelles.

Pourquoi tendre vers la neutralité carbone ?

Face à l’urgence climatique, les pays signataires de l’Accord de Paris se sont engagés à limiter le réchauffement de la planète à 2 degrés. Ceci implique une politique environnementale ambitieuse qui passe par une réduction drastique des émissions mondiales de GES de l’ordre de 50% d’ici 2030. Mais les scientifiques s’accordent à dire que la réduction seule ne suffira pas : il faut donc mettre en place, en parallèle, des dispositifs d’absorption permettant d’atteindre la neutralité carbone pour 2070.

Notons toutefois que l’objectif lui-même de limitation du réchauffement climatique à 2 degrés fait débat du fait des conséquences irrémédiables provoquées par une telle hausse des températures. Dès lors, en cas de poursuite d’objectifs de limitation plus ambitieux (1,5 degrés par exemple), la neutralité carbone devra être atteinte plus tôt (probablement avant la moitié du siècle).

Neutralité carbone : les bons élèves

En juin 2020, 120 pays se sont engagés sur la voie du zéro net via l’Alliance Ambition pour le climat. Une vingtaine d’états sont même allés plus loin en affichant publiquement leur objectif de neutralité carbone. Il s’agit de l’Autriche, du Costa Rica, du Danemark, des Fidji, de la Finlande, de la France, de la Hongrie, de l’Islande, du Japon, des Iles Marsall, de la Nouvelle Zélande, de la Norvège, du Portugal, de Singapour, de la Slovénie, de la Suède, de la Suisse et du Royaume Uni. A cela s’ajoute l’Union Européenne qui a retranscrit dans sa loi européenne sur le climat l’objectif d’être climatiquement neutre d’ici 2050. Notons également que le Bhoutan et le Surinam sont les deux seuls pays au monde qui présentent actuellement un bilan négatif d’émissions de GES puisqu’ils absorbent plus de CO2 qu’ils en émettent.

Une bonne nouvelle ? Oui mais elle ne doit pas cacher le fait que seul 10% des émissions mondiales de GES sont couvertes par l’une ou l’autre de ses deux initiatives visant la neutralité carbone. Nous sommes donc loin du compte et les experts indiquent que si les grands émetteurs tels que les États-Unis, l’Union européenne et la Chine ne parviennent pas à des émissions nettes de GES nulles d’ici 2050 il sera extrêmement difficile d’atteindre l’objectif de 2 degrés indépendamment de ce que font les autres pays.

Quelles mesures impulser pour atteindre le zéro net ?

La diminution globale des GES doit concerner tous les secteurs d’activités et en particulier les émissions liées au transport ou aux usines à combustible fossile qui doivent (et peuvent) être proches de zéro. Sur la question de l’énergie, une part importante devra être donnée au solaire et à l’éolien. L’adoption d’une agriculture plus raisonnée, locale et d’une alimentation moins carnée est également un pré requis indispensable pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique. En effet, l’élevage est actuellement responsable de près de 4,5 % des émissions de gaz à effet de serre et de 63 % de la déforestation en Amazonie.

L’élimination du carbone repose elle sur la restauration des forêts et l’augmentation de l’absorption de carbone par le sol. Suffisant ? Probablement pas : ce dispositif doit donc être complété par la mise en place d’approches technologiques telles que le captage et le stockage directs de l’air, ou la minéralisation.

Les limites du concept de neutralité carbone

Les craintes soulevées par le zéro net sont principalement de deux ordres. Elles concernant d’une part, les effets secondaires négatifs de certaines techniques d’absorption des GES. Car le carbone stocké dans les forêts, les sols ou même les réserves géologiques pourrait s’infiltrer dans l’atmosphère. D’après Jonathan Guyot, président de l’association all4trees « La compensation forestière attire, car c’est un symbole dans l’imaginaire collectif, mais les émissions partent immédiatement dans l’atmosphère, alors que les arbres mettront des dizaines d’années pour les séquestrer. ».

D’autre part, la plupart des technologies évoquées pour absorbées les GES… ne sont pas encore aptes à être développées à grande échelle ! En effet, la plupart de ses technologies sont prospectives : elles reposent sur des promesses d’élimination future du carbone. Pour certaines associations de protection de l’environnement, la poursuite d’objectif de neutralité carbone peut inciter les états ou les acteurs privés à continuer de polluer en toute impunité dans l’attente de futures technologies d’absorption qui peuvent ne jamais voir le jour.

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