Marché du GNL: Intégration Progressive de l’Ukraine

Wood Mackenzie

Le marché du GNL en Europe trouve son équilibre en partie grâce à l’Ukraine et sa capacité de stockage de gaz naturel. En effet, sur les 28,1 milliards de m3 stockés en Ukraine au 1er novembre 2020, 11,2 milliards de m3 se trouvaient dans l’entrepôt douanier intégré au marché européen. Le marché florissant du GNL en Ukraine s’accompagne du déclin du commerce de transit de GNL provenant de Russie. Selon l’Institut des Énergies d’Oxford, l’Ukraine perd donc son rôle de pays transit de GNL entre la Russie et l’Europe. Mais cela semble stimuler l’activité en Ukraine, notamment du stockage.

 

Marché du GNL et intégration compétitive de l’Ukraine

Le stockage de gaz en Ukraine : une soupape de sécurité pour l’Europe

Depuis l’hiver 2020, la popularité de l’offre ukrainienne de stockage de GNL est en hausse. Les prix du gaz étaient alors bas en Europe, mais suite à la pandémie, l’offre de gaz est devenue excédentaire. La capacité de stockage en Ukraine est alors intervenue telle une soupape de sécurité absorbant les volumes de gaz supplémentaires.

Le stockage de gaz (injection, stockage, retrait) en Ukraine est régionalement compétitif, selon l’opérateur des systèmes de transport gazier Ukrtransgaz. L’Ukraine propose une capacité de stockage à 0,71 EUR/MWh, comparativement à un panel de 1-6 EUR/MWh en Slovaquie ou Hongrie. En cause, l’absence de tarifs douaniers et de TVA aux entrepôts douaniers de gaz.

Avantage comparatif annulé par le coût de transport du GNL

Ukrtransgaz et le marché d’échange d’énergie ukrainien (UEEX) ont annoncé en février dernier la commercialisation de stockage gazier. Ce projet concerne en priorité les volumes ayant passés la douane. Une extension du stockage gazier sera faite jusqu’aux entrepôts douaniers.

Toutefois, cette offre attractive de stockage se voit annulée par les coûts de transport du GNL. En effet, le coût du transport gazier pour son stockage possède diverses variables (volumes stockés, temps de stockage, rythme d’injection-retrait). L’avantage comparatif détenu par l’Ukraine en matière de stockage de GNL dépend de ces nombreuses variables, mais aussi de ses pays voisins.

 

Un impact non négligeable sur les marchés d’Europe Centrale

Compenser le déclin du commerce de transit gazier

L’offre de stockage permet à l’Ukraine de compenser sa dépendance gazière vis-à-vis de la Russie et ses prix.

À l’instar de l’Ukraine, la Moldavie entreprend la flexibilisation et libéralisation de son marché du GNL. Cependant, son activité de transit de GNL a cessé depuis le détournement du pipeline TransBalkans via TurkStream. Pour palier à ce manque, le pays a décidé d’ouvrir son système de transit à de nouveaux flux, dont l’Ukraine, et à de nouveaux points d’interconnexion.

Depuis mai 2020, la Hongrie a également ouvert des points d’interconnexions virtuels avec l’Ukraine. Ukrtransgaz est aussi actuellement en négociations avec la Roumanie afin d’accroître les connexions transfrontalières.

En 2020, l’Ukraine atteint 95% de sa capacité de stockage

En 2020, l’Ukraine affiche son record de stockage de GNL, ayant atteint 95 % de sa capacité de stockage. Peu de retraits sont enregistrés mais de fortes injections sont intervenues aux T2 et T3 2020. En effet, les réserves sont passées de 16 à 28 mmc. Toutefois, les chiffres révèlent que 89 % des volumes détenus dans les entrepôts douaniers appartenaient à des entités non résidentes.

Ces entrepôts disposent d’une immunité douanière et d’une bonne capacité de stockage. Ainsi, l’offre de stockage de l’Ukraine paraît très profitable.

Mais en janvier et février 2021, une hausse de la demande européenne de GNL est observée. Deux solutions s’offraient alors aux marchés européens : importer du GNL par les pipelines ou s’alimenter des infrastructures de stockage.

S’il y a eu retrait, ces transactions ont été faites par des entités non résidentes vers les entités résidentes ukrainiennes. Au total, seul 19 % du GNL retiré de stockage ukrainien a été réexporté en Europe.

En conclusion, l’Ukraine constitue un lieu attractif pour le stockage de GNL et pour contrebalancer les variations saisonnières de l’offre de gaz. Elle joue ainsi un rôle fondamental dans l’absorption des volumes excédentaires de GNL. Ces facteurs contribuent fortement à l’intégration ukrainienne sur le marché énergétique européen. Des efforts de libéralisation et de régulation du marché du GNL sont toutefois à poursuivre afin de pleinement assurer l’intégration de l’Ukraine.

Dans cet article :

Articles qui pourraient vous intéresser

France: Iberdrola remporte son premier projet de centrale solaire flottante

Iberdrola a annoncé la réalisation de son premier projet de centrale solaire flottante en France. La centrale sera développée sur le bassin de la gravière de Bischwiller, en Alsace, avec une capacité de production installée de 25 MWc, produisant environ 27 GWh d’électricité verte par an. Ce projet renforce la position d’Iberdrola en France dans la production d’énergie verte, en plus de ses projets éoliens déjà en exploitation.

Italie: se sevrer du gaz russe avec l’aide du plan REPowerEU

L’Italie a déclaré son intention d’utiliser les fonds de l’Union européenne provenant du plan REPowerEU pour se sevrer complètement du gaz russe et devenir un centre énergétique pour l’UE. Doté d’un budget total de 300 milliards d’euros, le plan REPowerEU vise à mettre fin à la dépendance de l’UE vis-à-vis des combustibles fossiles russes et à lutter contre la crise climatique.

La hausse des prix du pétrole face aux séismes et à la reprise chinoise

Le marché pétrolier a réagi à l’accroissement de la demande en Turquie provoquée par des séismes et à la reprise de la demande chinoise. Les prix du Brent et du WTI ont grimpé, respectivement, de 2,30% et 2,46%. Une situation qui permet aux acteurs du secteur pétrolier d’envisager une reprise favorisant le développement durable.

Embargo de l’Union européenne sur les produits pétroliers russes

L’Union européenne prend des mesures draconiennes pour contrer l’occupation russe de l’Ukraine en imposant une interdiction des produits pétroliers raffinés russes, accompagnée de plafonnements de prix. Des sanctions seront appliquées si le niveau du plafond est dépassé.

Perte nette en hausse chez Siemens Energy

Siemens Energy a annoncé mardi que sa perte nette pour le premier trimestre a plus que doublé, atteignant 598 millions d’euros. La perte est attribuée en partie à des problèmes de qualité chez Siemens Gamesa.

Abonnez-vous gratuitement ou pour 1€/semaine en illimité (sans engagement)