articles populaires

L’hydrogène natif : un potentiel énergétique encore méconnu

L’hydrogène natif attire l’intérêt de sociétés et de chercheurs. Des études approfondies évaluent la taille des réserves, leur rentabilité potentielle et les méthodes d’extraction les mieux adaptées.

Partagez:

L’hydrogène natif, souvent désigné comme hydrogène blanc, suscite depuis peu une attention significative dans l’industrie énergétique. Contrairement à l’hydrogène dit « vert » ou « gris », il résulte de processus géologiques, sans intervention industrielle comme l’électrolyse ou le reformage d’hydrocarbures. Certains organismes, dont l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), estiment à des milliards de tonnes le potentiel mondial de ce gaz enfoui dans la croûte terrestre. Les opérateurs souhaitant y voir un levier de diversification concentrent leurs efforts sur l’identification précise de gisements, avec la perspective d’un approvisionnement qui pourrait durer dans le temps.

Ressources géologiques et estimations de capacité

Les quantifications disponibles sur l’hydrogène natif ne sont pas uniformes. Certaines zones, comme les dorsales océaniques ou les cratons très anciens, renferment des quantités notables de dihydrogène (H2) généré par l’oxydation de roches riches en fer. Dans ces environnements, l’eau réagit avec des minéraux spécifiques, ce qui libère progressivement de l’hydrogène gazeux. Les estimations actuelles, encore partielles, laissent entendre que ce processus pourrait se poursuivre sur de vastes échelles de temps, assurant un renouvellement continu.
Des études pointent aussi l’existence de gisements à plus faible profondeur, par exemple au Mali ou dans certaines régions d’Europe. D’après plusieurs relevés, l’hydrogène peut remonter le long de fractures et s’accumuler dans des réservoirs souterrains, parfois associés à des gaz comme l’hélium ou le méthane. L’USGS a évoqué un ordre de grandeur d’un millier de milliards de tonnes d’hydrogène potentiellement mobilisables, si l’on recoupe différentes bases de données. Cette évaluation demeure hypothétique, car la répartition géographique et la concentration des gisements varient considérablement selon la nature des roches.

Études de terrain et méthodes d’extraction

Plusieurs entreprises se lancent dans le repérage de ces ressources, en s’appuyant sur des techniques dérivées du secteur pétrolier. Le forage constitue un moyen privilégié pour confirmer l’existence d’un gisement, évaluer la pression et la pureté du gaz, puis tester la pertinence économique d’une exploitation à long terme. La légèreté extrême de l’hydrogène, susceptible de s’échapper à travers les moindres fissures, exige l’emploi de dispositifs d’étanchéité renforcés.
Les programmes de recherche sur ce sujet insistent aussi sur la composition chimique des fluides collectés. Souvent, l’hydrogène natif coexiste avec d’autres molécules. Séparer l’hydrogène des autres gaz entraîne des coûts additionnels, à moins que la valorisation de sous-produits comme l’hélium ne compense une partie des frais. Les universités et laboratoires engagés dans ces travaux de prospection collaborent avec des industriels pour perfectionner la maîtrise du forage, du confinement et des méthodes de purification.

Potentiel, coûts et stabilité des réserves

L’attrait pour l’hydrogène natif s’explique en partie par son modèle d’approvisionnement théoriquement continu, sans dépendre d’un apport massif en électricité ou en hydrocarbures. Pour plusieurs investisseurs, il représente une voie complémentaire afin de diversifier l’offre gazière. Les estimations de rentabilité reposent néanmoins sur des facteurs variés, dont la profondeur des réservoirs, la qualité de la roche couverture et l’accessibilité logistique de la zone explorée.
Des analystes soulignent qu’il est difficile de fixer un coût standard de production pour l’hydrogène géologique, en raison des spécificités de chaque bassin. Dans certains cas, la roche volcanique ou le sel assurent une couverture presque hermétique, autorisant l’accumulation de quantités importantes de H2. Dans d’autres secteurs, l’hydrogène se disperse dans la croûte terrestre, rendant la récupération nettement plus complexe. La question du dimensionnement des infrastructures de stockage, sur place ou à proximité, complète les problématiques liées à l’extraction.

Données disponibles et perspectives de marché

Les compagnies spécialisées dans l’exploration publient régulièrement des rapports techniques, cherchant à documenter leurs découvertes. Certaines études évoquent des ratios de concentration allant jusqu’à 96 % d’hydrogène pur dans des puits, ce qui pourrait simplifier le traitement post-extraction. Les volumes, toutefois, doivent être suffisamment élevés pour justifier les frais de forage et de séparation. Les projections des experts du secteur invitent à la prudence, car ce marché en émergence dépend d’essais encore limités.
Plusieurs groupes financiers s’intéressent aux gisements d’hydrogène natif dans l’optique de développer des partenariats, voire de créer de nouveaux centres de production. Des cadres de l’industrie gazière soulignent la nécessité d’établir des standards pour manipuler et transporter en toute sécurité ce gaz inflammable. Les évolutions législatives, comme l’inclusion de l’hydrogène natif dans les codes miniers, encouragent l’avancée des projets pilotes.

Enjeux opérationnels et collaborations scientifiques

Des recherches universitaires approfondissent les mécanismes de formation de l’hydrogène naturel. Les processus de serpentinisation, la radiolyse (fractionnement de l’eau sous l’effet de la radioactivité) ou la décomposition de roches ultramafiques apparaissent comme des pistes majeures pour expliquer l’émergence de ce gaz. Les partenariats entre laboratoires et acteurs industriels se multiplient pour caractériser les paramètres de pression, de température et de flux d’eau.
Les sociétés engagées dans ce créneau de l’hydrogène blanc examinent la possibilité d’une production localisée, susceptible d’alimenter des usages régionaux sans passer par de longs circuits de transport. Cette approche réduirait les émissions générées par la logistique. Dans le même temps, certains consortiums envisagent un export, en conditionnant l’hydrogène sous forme comprimée ou liquéfiée, ce qui implique des infrastructures plus lourdes.

Observations en cours et adaptation sectorielle

Les programmes de forage se poursuivent dans différentes régions : aux États-Unis, en Australie, dans certaines parties de l’Afrique et dans l’arc alpin en Europe. Les premières mesures confirment la présence d’hydrogène dans ces zones, à des teneurs plus ou moins élevées. Les spécialistes restent attentifs à la stabilité du flux pour savoir si la production peut être maintenue dans la durée.
En parallèle, des études menées sur la composition isotopique du dihydrogène guident la compréhension de son origine profonde ou plus superficielle. Ces données, croisées avec des analyses des fractures et des failles, aident à cibler les emplacements les plus prometteurs. L’objectif partagé par les entreprises et les organismes de recherche consiste à réduire le risque économique lié à la prospection.

Exploration, veille industrielle et ajustements réglementaires

Plusieurs États ont commencé à adapter leurs règlements pour encadrer l’extraction de l’hydrogène natif, considérant ce dernier comme une ressource gazière à part entière. Les changements législatifs incluent parfois des clauses de reporting environnemental, afin de contrôler les forages et d’éviter d’éventuelles pollutions locales. Les entités pétrogazières traditionnelles revoient leurs portefeuilles, envisageant l’hydrogène blanc comme un possible relais de croissance si la demande s’affermit.
Le financement de ces opérations s’appuie sur un large éventail : grands groupes énergétiques, sociétés minières, fonds d’investissement spécialisés, voire gouvernements intéressés par la diversification énergétique. Les retours fournis par les pilotes de terrain permettront de mesurer la viabilité économique de la filière. Si les résultats s’avèrent pertinents, l’hydrogène natif pourrait constituer un complément aux sources d’hydrogène déjà commercialisées.

Inscrivez-vous gratuitement pour un accès sans interruption.

Publicite

Récemment publiés dans

Un partenariat entre LONGi et APPL Hydrogen Limited au Nigeria marque une étape importante pour le développement de l’hydrogène vert en Afrique de l’Ouest, avec des perspectives d’exportation vers l’Europe.
MAIRE, en partenariat avec Eni et Iren, démarre les démarches pour la construction d'une usine de production de méthanol et d'hydrogène circulaires à Sannazzaro de' Burgondi, Italie, en utilisant la technologie NX CircularTM de Nextchem.
MAIRE, en partenariat avec Eni et Iren, démarre les démarches pour la construction d'une usine de production de méthanol et d'hydrogène circulaires à Sannazzaro de' Burgondi, Italie, en utilisant la technologie NX CircularTM de Nextchem.
Air Liquide considère le "pacte pour une industrie propre", que la Commission européenne doit présenter mercredi, comme une opportunité stratégique pour moderniser l’outil industriel en Europe. L’initiative pourrait aussi influencer ses projets en hydrogène bas carbone.
Air Liquide considère le "pacte pour une industrie propre", que la Commission européenne doit présenter mercredi, comme une opportunité stratégique pour moderniser l’outil industriel en Europe. L’initiative pourrait aussi influencer ses projets en hydrogène bas carbone.
Hyvia, la coentreprise de Renault dédiée aux utilitaires à hydrogène, a été placée en liquidation judiciaire en raison de la lente adoption du marché et des coûts élevés liés au développement des technologies hydrogène.
Hyvia, la coentreprise de Renault dédiée aux utilitaires à hydrogène, a été placée en liquidation judiciaire en raison de la lente adoption du marché et des coûts élevés liés au développement des technologies hydrogène.
GreenGo Energy annonce un partenariat avec la Mauritanie pour le développement du projet Megaton Moon, visant à produire de l'hydrogène vert à grande échelle. Le projet devrait transformer l'économie locale tout en renforçant la position du pays sur le marché mondial des énergies propres.
Hydrexia a conclu un protocole d'accord avec la société japonaise YamatoH2E pour collaborer sur le développement et l'implémentation de solutions d'hydrogène au Japon, un marché stratégique pour l'hydrogène vert.
Hydrexia a conclu un protocole d'accord avec la société japonaise YamatoH2E pour collaborer sur le développement et l'implémentation de solutions d'hydrogène au Japon, un marché stratégique pour l'hydrogène vert.
TotalEnergies et Air Liquide renforcent leur partenariat dans l’hydrogène aux Pays-Bas avec la construction de deux électrolyseurs de grande capacité. L’investissement dépasse un milliard d’euros et vise à alimenter les plateformes pétrochimiques en hydrogène décarboné.
TotalEnergies et Air Liquide renforcent leur partenariat dans l’hydrogène aux Pays-Bas avec la construction de deux électrolyseurs de grande capacité. L’investissement dépasse un milliard d’euros et vise à alimenter les plateformes pétrochimiques en hydrogène décarboné.
ENERTRAG ouvre une enchère publique pour 500 tonnes d'hydrogène vert lors du salon E-World 2025 à Essen. Cette initiative vise à offrir un accès anticipé à l'hydrogène vert et à soutenir l'expansion de l'économie de l'hydrogène en Europe.
ENERTRAG ouvre une enchère publique pour 500 tonnes d'hydrogène vert lors du salon E-World 2025 à Essen. Cette initiative vise à offrir un accès anticipé à l'hydrogène vert et à soutenir l'expansion de l'économie de l'hydrogène en Europe.
Le gouvernement sud-africain prévoit de publier une directive sur l’hydrogène vert le 17 février. Cette mesure vise à rationaliser les processus d’approbation des projets, dans un secteur en pleine structuration où les investissements peinent encore à se concrétiser.
Aslan Energy Capital et CalYan XGH Inc. ont signé un protocole d’accord pour la fourniture de 100 000 tonnes par an d’hydrogène durable depuis Sonora, Mexique, vers la Californie. Cet accord s’inscrit dans le cadre du projet ANEM et vise à renforcer l’approvisionnement en hydrogène propre aux États-Unis.
Aslan Energy Capital et CalYan XGH Inc. ont signé un protocole d’accord pour la fourniture de 100 000 tonnes par an d’hydrogène durable depuis Sonora, Mexique, vers la Californie. Cet accord s’inscrit dans le cadre du projet ANEM et vise à renforcer l’approvisionnement en hydrogène propre aux États-Unis.
JORD Group renforce sa présence dans l'industrie des énergies alternatives en devenant actionnaire de SwitcH2 BV. Cette participation vise à achever la conception d'un projet offshore de production d'ammoniac vert de 300 MW, soutenu par des partenaires industriels stratégiques.
JORD Group renforce sa présence dans l'industrie des énergies alternatives en devenant actionnaire de SwitcH2 BV. Cette participation vise à achever la conception d'un projet offshore de production d'ammoniac vert de 300 MW, soutenu par des partenaires industriels stratégiques.
La startup française Mantle8, spécialisée dans la détection et l'analyse de l'hydrogène naturel, vient de lever 3,4 millions d'euros. Ce financement lui permettra d'accélérer ses recherches et d'industrialiser sa technologie de prospection précise et rapide des réserves d'hydrogène enfouies.
La startup française Mantle8, spécialisée dans la détection et l'analyse de l'hydrogène naturel, vient de lever 3,4 millions d'euros. Ce financement lui permettra d'accélérer ses recherches et d'industrialiser sa technologie de prospection précise et rapide des réserves d'hydrogène enfouies.
Airbus reconnaît des progrès plus lents que prévu sur son programme d’avion à hydrogène. Face aux défis techniques et industriels, l’avionneur ajuste ses priorités tout en maintenant son ambition de décarbonation du secteur aérien.
H2 Global Energy finalise les études initiales pour une usine d’hydrogène et d’ammoniac vert dans le sud du Maroc. Le projet, avec une capacité annuelle prévue d’un million de tonnes métriques, marque une avancée stratégique pour le pays dans le secteur des énergies renouvelables.
H2 Global Energy finalise les études initiales pour une usine d’hydrogène et d’ammoniac vert dans le sud du Maroc. Le projet, avec une capacité annuelle prévue d’un million de tonnes métriques, marque une avancée stratégique pour le pays dans le secteur des énergies renouvelables.
Un projet majeur de production d'hydrogène vert en Australie a été suspendu, citant des incertitudes réglementaires et un environnement politique instable qui nuisent à la rentabilité de l’investissement.
Un projet majeur de production d'hydrogène vert en Australie a été suspendu, citant des incertitudes réglementaires et un environnement politique instable qui nuisent à la rentabilité de l’investissement.
Lhyfe a obtenu un soutien financier de 11 millions d’euros du programme suédois Klimatklivet pour la construction d’une usine de production d’hydrogène renouvelable à Vaggeryd. Ce projet s’inscrit dans une stratégie visant à développer un réseau d’approvisionnement en hydrogène en Suède.
Lhyfe a obtenu un soutien financier de 11 millions d’euros du programme suédois Klimatklivet pour la construction d’une usine de production d’hydrogène renouvelable à Vaggeryd. Ce projet s’inscrit dans une stratégie visant à développer un réseau d’approvisionnement en hydrogène en Suède.
Baker Hughes et Hanwha ont signé un accord pour développer une turbine à ammoniac destinée aux secteurs maritime et énergétique. Ce partenariat vise à fournir une alternative aux moteurs diesel en utilisant une technologie duale fonctionnant à l’ammoniac et au gaz naturel.
HNO International a conclu un accord avec une entreprise basée au Texas pour fournir de l'hydrogène afin d’alimenter une flotte de véhicules à pile à hydrogène, renforçant ainsi l'usage de l'hydrogène dans le transport de longue distance.
HNO International a conclu un accord avec une entreprise basée au Texas pour fournir de l'hydrogène afin d’alimenter une flotte de véhicules à pile à hydrogène, renforçant ainsi l'usage de l'hydrogène dans le transport de longue distance.
Malgré une demande croissante et des opportunités industrielles stratégiques, la filière hydrogène est ralentie par des difficultés de financement et des incertitudes structurelles.
Malgré une demande croissante et des opportunités industrielles stratégiques, la filière hydrogène est ralentie par des difficultés de financement et des incertitudes structurelles.
Lotte Chemical et Syzygy Plasmonics achèvent des tests de performance sur un système inédit à Ulsan, en Corée du Sud, ouvrant des perspectives commerciales pour le marché asiatique de l’hydrogène.
Lotte Chemical et Syzygy Plasmonics achèvent des tests de performance sur un système inédit à Ulsan, en Corée du Sud, ouvrant des perspectives commerciales pour le marché asiatique de l’hydrogène.
Le projet H2CAST Etzel marque une étape clé avec l'injection initiale de 90 tonnes d'hydrogène dans des cavernes converties, renforçant les ambitions de STORAG ETZEL pour le stockage souterrain d'hydrogène dans des infrastructures existantes.
Malgré des ambitions fortes pour l'hydrogène renouvelable, l'Europe peine à aligner ses efforts nationaux et industriels, alors que seuls 2 % des projets ont dépassé le stade de faisabilité, selon un rapport d'EY.
Malgré des ambitions fortes pour l'hydrogène renouvelable, l'Europe peine à aligner ses efforts nationaux et industriels, alors que seuls 2 % des projets ont dépassé le stade de faisabilité, selon un rapport d'EY.
Nel Hydrogen US, filiale de Nel ASA, reçoit une commande de deux électrolyseurs PEM MC500 d’une valeur de 7 millions USD, marquant une nouvelle étape dans l’adoption de solutions hydrogène dans l’industrie sidérurgique américaine.
Nel Hydrogen US, filiale de Nel ASA, reçoit une commande de deux électrolyseurs PEM MC500 d’une valeur de 7 millions USD, marquant une nouvelle étape dans l’adoption de solutions hydrogène dans l’industrie sidérurgique américaine.
Le ministère allemand de l’Économie engage 588 millions d’euros dans deux appels d’offres H2Global, renforçant les liens avec le Canada et l’Australie pour soutenir les exportations d’hydrogène vert vers l’Europe.
Le ministère allemand de l’Économie engage 588 millions d’euros dans deux appels d’offres H2Global, renforçant les liens avec le Canada et l’Australie pour soutenir les exportations d’hydrogène vert vers l’Europe.

Publicite