Le Gaz Russe divise l’Europe

L'UE cherche des solutions pour assurer son approvisionnement énergétique tout en voulant maîtriser la flambée des prix. Plutôt que d'instaurer un plafonnement des prix du gaz russe, elle semble se tourner vers les profits des entreprises du secteur des énergies.
Gaz russe

Le gaz russe préoccupe et divise l’Europe. L’UE fait face à une crise énergétique majeure. Elle cherche alors des solutions pour assurer son approvisionnement énergétique tout en voulant contenir la flambée des prix. Pour ce faire, plusieurs pistes ont été explorées.

En somme, l’UE semble s’intéresser aux profits des fournisseurs d’énergie et non pas vers un plafonnement des prix du gaz russe. De fait, face à la menace de coupure du gaz russe, les ministres européens de l’énergie proposent une taxation plus large des revenus.

La menace de la coupure du gaz russe

Le plafonnement du prix du gaz russe devait permettre de contrebalancer la flambée des prix de l’énergie. Le ministre suédois de l’énergie, Khashayar Farmanbar, déclarait à ce sujet:

“Tout le monde à hâte de trouver une solution”

Il relayait ainsi l’inquiétude des ministres liée à l’envolée des prix de l’énergie et de l’impact sur les foyers et les commerces. Cette taxe européenne exceptionnelle devait permettre au gouvernement d’alléger les factures des ménages dans ce contexte de crise énergétique.

Néanmoins, le président Poutine a annoncé cette semaine que Moscou couperait l’approvisionnement de gaz en Europe le cas échéant. En Hongrie, Peter Szijjarto confirme le risque de représailles:

“Si des restrictions de prix devaient exclusivement concerner la Russie, cela conduirait à un arrêt immédiat de l’approvisionnement russe.”

Certains pays dépendant toujours fortement du gaz russe ont refusé de prendre le risque.

La taxation généralisée sur le gaz problématique

Face à cette impasse, les ministres de l’énergie ont revu leur stratégie et renoncé à l’objectif de plafonnement du gaz russe. À la place, ils ont avancé l’idée d’une taxation plus large des revenus gaziers, accueillie avec réserve par l’exécutif de l’UE.

Selon le ministre italien de la transition écologique, Roberto Cingolani, 15 états de l’Union se sont prononcés en faveur d’une taxation généralisée sur le gaz. Mais des pays comme les Pays-Bas ont exprimé des doutes à ce sujet. Le secrétaire d’État néerlandais en charge des industries extractives, Hans Vijlbrief, déclare ainsi:

“Je ne dirais pas qu’il y ait un large support pour un impôt général sur les revenus gaziers.”

La Commission européenne a ajouté qu’un plafonnement des prix du gaz naturel en Europe serait contre-productif. De fait, cela reviendrait à le rediriger vers d’autres régions et priver l’UE de cette ressource. Le Commissaire européen à l’énergie, Kadri Simson, confirme cette analyse:

“Nous devons faire attention à ne pas mettre en péril la sécurité de notre approvisionnement en énergie.”

Le Commissaire n’inclut pas de mesures de taxation générale sur les revenus gaziers dans la dernière liste de mesures annoncées.

L’impact des restrictions d’approvisionnement en gaz russe

L’approvisionnement en gaz russe a été réduit de près de 90% au cours des douze derniers mois, selon les données de Refinitiv. Moscou rejette la responsabilité de ces coupures sur des problèmes techniques. Ces dysfonctionnements seraient, de l’avis du Kremlin, dus aux sanctions européennes mises en place suite à l’invasion de l’Ukraine.

VNG, l’un des plus grands importateurs allemands de gaz russe, est, depuis vendredi, la dernière entreprise européenne à rechercher un soutien de l’Éat en raison des coupures russes. De nombreux pays européens évoquent désormais l’idée de la mise en place d’instruments financiers d’aide aux entreprises à l’échelle européenne.

La cheffe de l’European Central Bank, Christine Lagarde, soutient que les gouvernements devaient se charger de soutenir les firmes énergétiques.

La contribution des sociétés de carburants fossiles

Dans ce contexte, les ministres européens suggèrent que les entreprises exploitant des combustibles fossiles se doivent de payer une “contribution solidaire”. Eamon Ryan, ministre irlandais de l’environnement, commente:

“Récupérer une partie de ces profits et les restituer aux ménages me paraît logique.”

Il serait également question “d’écrémer les superprofits” des compagnies éoliennes, nucléaires ou encore des usines à charbon. Ainsi il aurait été possible d’abaisser les tarifs records de l’énergie indexés sur le prix du gaz.

Les ministres des énergies se réuniront à nouveau en fin de mois pour négocier et approuver les plans finaux à ce sujet, selon le ministre de l’industrie tchèque Jozef Sikela.

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