L’Arctique : Nouvel Eldorado Énergétique et Commercial

L'Arctique suscite un intérêt pour ses ressources en hydrocarbures et renouvelables, mais l'exploitation coûteuse et les préoccupations environnementales posent des défis. Les routes polaires offrent des alternatives commerciales plus rapides.

Partager:

Abonnez-vous pour un accès illimité à toute l'actualité du secteur de l'énergie.

Plus de 150 articles et analyses multisectorielles chaque semaine.

Votre 1ère année à 99$*

puis 199$/an

*renouvellement à 199$/an, annulation avant échéance.

L’Arctique est, depuis quelques années, régulièrement présenté comme un « Nouvel Eldorado », tant pour le commerce que pour l’énergie. La région polaire regorgerait en effet de ressources, hydrocarbures ou renouvelables. En outre, le réchauffement climatique a permis cela d’entrevoir dans l’Arctique un passage plus rapide pour le commerce que les voies traditionnelles. La région devient donc un terrain de convoitises, rappelant quelque peu l’époque des Grandes Découvertes.

L’Arctique : l’un des plus grands réservoirs d’hydrocarbures au monde

L’Arctique a fait l’objet, en 2018, d’une réévaluation par l’US Geological Survey de ses ressources. Les dernières données datant de 2008. Il semblerait ainsi que 29% des réserves de gaz et 10% des réserves de pétrole encore à découvrir se trouvent en Arctique. Cela explique le fort intérêt des compagnies pour cet espace.

Les ressources de l’Arctique sont souvent surestimées. L’extraction est possible, mais elle nécessite des techniques de pointe, des coûts importants ainsi que des risques élevés. Si certains remettent en cause la rentabilité des ressources arctiques, des projets d’ampleur se multiplient.

Total développe Arctic LNG 2 : 19,8 millions de tonnes de GNL

Après le succès de Yamal LNG, Total a annoncé le 21 avril 2021 la mise en place d’Arctic LNG 2. Ce projet géant devrait produire annuellement près de 19,8 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL). Total montre ainsi sa capacité à produire des projets importants en Arctique, tout en respectant l’échéance et les budgets.

Néanmoins, de nombreuses multinationales pétrolières se sont désengagées des projets offshore en Arctique, considérant qu’ils ne sont pas assez rentables. En 2016, Shell a par exemple cédé son terrain de prospection dans l’Arctique Canadien à une ONG environnementale. Shell sert ainsi sa réputation, tout en se désengageant d’un projet trop coûteux, avec des risques opérationnels trop importants.

Ces décisions, avant tout économiques, sont souvent présentées comme l’illustration des préoccupations environnementales des firmes. Total déclare ainsi ne plus exploiter de pétrole offshore dans l’Arctique, en raison des risques environnementaux. Parallèlement, le groupe est le principal client du pétrole arctique Russe et multiplie les projets de GNL.

Exploiter l’Arctique, pour développer les énergies renouvelables

Outre ses ressources en hydrocarbures, l’Arctique pourrait jouer un rôle important dans la transition énergétique mondiale. L’Arctique est en effet la région où les recherches autour des énergies renouvelables sont les plus abouties. L’hydroélectricité, l’éolien, l’hydrogène ou encore la géothermie sont des ressources abondantes dans cet espace. Elles sont souvent mises en complémentarités, afin d’assurer la continuité électrique des pays.

L’hydrogène, pour être complètement décarboné, doit être produit via des ressources telles que l’hydroélectricité ou la géothermie. L’hydrogène vert est l’une des rares énergies propres tout au long de son cycle de vie. Il a l’avantage d’avoir de nombreuses utilisations, que ce soit dans l’industrie ou la mobilité.

Le projet HyPER d’hydrogène dans l’Arctique

Le projet arctique HyPER va dans ce sens : à l’horizon 2030, la Norvège souhaite bâtir une chaîne d’approvisionnement internationale en hydrogène. Sa production dépendrait essentiellement des immenses ressources hydroélectriques et éoliennes du pays. Il permettrait de produire tous les jours 500 tonnes d’hydrogène, correspondant à une production d’énergie annuelle de 7 TWh.

Il existe également des zones volcaniques en Arctique ayant un fort potentiel géothermique. L’Islande assure notamment 66% de ses besoins énergétiques totaux grâce à cette ressource. À terme, elle pourrait exporter massivement de l’électricité verte à l’international et sous forme d’hydrogène, afin de faciliter l’acheminement.

La Russie s’engage dans le renouvelable

Récemment, le Novatek Ob Project est devenu un projet d’hydrogène, tandis qu’il devait être un pilier dans la production de GNL Russe. Comment expliquer ce changement de paradigme ?

Face à la baisse annoncée de la demande d’hydrocarbures, la Russie est contrainte de s’adapter. Moscou est un acteur international pragmatique, qui promeut essentiellement son développement économique. L’hydrogène apparaît alors comme un moyen de rester compétitif.

En revanche, la multiplication d’exploitations tous azimuts risque de représenter à terme une véritable menace pour l’environnement arctique.

L’Arctique dans l’acheminement des ressources

Avec le récent accident du cargo Ever Given dans le Canal de Suez, les débats autour d’itinéraires commerciaux alternatifs ont ressurgi. Parmi elles, les routes polaires arctiques sont souvent mentionnées. La fonte accélérée des glaces arctiques depuis 2010 peut laisser entrevoir de nouvelles perspectives pour la navigation.

40% plus rapide que le Canal de Suez

Il existe deux passages principaux : le Passage du Nord-Ouest (PNO) et le Passage du Nord-Est (PNE). Le premier est situé dans l’Arctique nord-américain. Le second longe les côtes arctiques Norvégiennes et Russes.

Une portion du PNE, la Route Maritime du Nord (RMN), intéresse particulièrement. Le fret serait 40% plus rapide que lorsqu’il passe par le Canal de Suez. Outre la navigation à vocation commerciale, c’est surtout l’acheminement énergétique qui commence à en bénéficier.

Arctique
Carte des grandes routes commerciales de la Renaissance.

18 millions de tonnes de GNL acheminées par la RMN

En février dernier, un méthanier russe a pour la première fois traversé la portion RMN du PNE en plein cœur de l’hiver. Ce voyage de Rotterdam jusqu’à la Chine a duré 11 jours, soit deux à trois fois moins que l’itinéraire normal. Cela marque une avancée pour le transport du gaz naturel liquéfié (GNL), dont la production augmente sans cesse en Arctique.

« En 2020, près de 33 millions de tonnes de fret ont été transportées le long de la route maritime du Nord, dont plus de 18 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié », ajoute le PDG de Sovcomflot, opérateur russe de transport d’énergie.

Parallèlement à la navigation, Moscou investit massivement dans des infrastructures d’acheminement d’énergies vers les principaux importateurs. Le gazoduc Yamal-Europe, d’environ 4.000 km, relie notamment les gisements gaziers du Yamal jusqu’à l’Europe de l’Ouest.

Un communiqué de Total à propos du projet Yamal LNG déclare ainsi : « Près de 16,5 millions de tonnes de GNL transiteront, chaque année, par le port de Sabetta (Sibérie). Toute la production de GNL est vendue à des clients européens et asiatiques, via des contrats de 15 à 20 ans ».

Parallèlement à l’Europe, la coopération sino-russe s’intensifie de plus en plus grâce à l’énergie. Le Power of Siberia est un grand projet de pipeline, permettant de relier la Sibérie à la Chine. Mis en service depuis 2019, des projets d’expansions permettrait une capacité d’exportation annuelle de gaz de 38 milliards de m3. Le projet d’expansion Power of Siberia 2 viendrait puiser du GNL directement dans les territoires arctiques Russes.

Arctique
Carte des pipelines sino-russes dont Power of Siberia (Source : ICIS).

Le PNO Canadien : un exemple de l’Arctique préservé

Ainsi, l’Arctique fait face à une augmentation généralisée du trafic maritime et des activités industrielles. Tandis que la Russie multiplie des projets d’ampleur dans son territoire arctique, d’autres États tentent de préserver cet espace.

En termes économiques et commerciaux, le PNO semble incapable de rivaliser face au PNE Russe. Cela s’explique notamment par un manque d’investissement de la part du Canada. Par l’absence de mise en valeur de ce passage, le trafic ne concerne que quelques navires scientifiques et touristiques.

Le Canada tente ainsi d’établir un développement économique raisonné en Arctique, tenant compte des enjeux environnementaux. Dans cette optique, Ottawa peut désormais compter sur un nouvel allié : Joe Biden. Au cours du Sommet pour le climat, il a immobilisé des prospections pétrolières devant avoir lieu en Alaska. Donald Trump avait octroyé ces permis de forages à la fin de son mandat.

L’Arctique : un enjeu pour l’avenir ?

L’Arctique représentera à terme un enjeu de taille, aussi bien au niveau environnemental, énergétique que commercial. Néanmoins, tout cela paraît encore lointain. Le PNO est pour l’instant presque inutilisable, la RMN se limite encore à des trajets en été.

Les ressources ont été surestimées, et leur exploitation demeure complexe, coûteuse et risquée. Si l’exemple Russe témoigne des possibilités de développement du territoire arctique, il illustre également les dangers d’une exploitation déraisonnée.

Retour des inspecteurs de l’AIEA en Iran après un mois de rupture diplomatique

L’Iran autorise de nouveau l’Agence internationale de l’énergie atomique à inspecter ses sites nucléaires, après une suspension provoquée par un différend sur la responsabilité des frappes israéliennes.

Des drones ukrainiens frappent des sites énergétiques russes et ravivent les tensions

Des drones ukrainiens ont visé une centrale nucléaire et un terminal pétrolier russes, accentuant la pression sur les discussions diplomatiques, alors que Moscou et Kiev s’accusent mutuellement de bloquer toute perspective de négociation.

Un Ukrainien arrêté en Italie pour son rôle présumé dans le sabotage de Nord Stream

Un ressortissant ukrainien suspecté d’avoir coordonné le sabotage des gazoducs Nord Stream a été interpellé en Italie, relançant une affaire judiciaire aux fortes implications géopolitiques en Europe.
en_11402108217540

Russie et Inde renforcent leurs échanges énergétiques malgré la pression américaine

La Russie poursuit ses livraisons d’hydrocarbures vers l’Inde et explore de nouveaux débouchés pour son gaz naturel liquéfié, dans un contexte de tensions commerciales croissantes avec les États-Unis.

Les frappes russes menacent la coopération gazière entre l’Azerbaïdjan et l’Ukraine

Des infrastructures énergétiques azerbaïdjanaises visées en Ukraine remettent en question la sécurité des flux gaziers entre Baku et Kyiv, alors qu’un nouvel accord de livraison vient à peine d’être signé.

L’Iran coupe 1,4 GW à l’Irak, Bagdad accélère les interconnexions régionales

La suspension des 1 400 MW d’électricité fournis par l’Iran à l’Irak met sous pression le réseau irakien, tandis que Téhéran enregistre une demande record de 77 GW et doit arbitrer entre consommation interne et obligations régionales.
en_1140180840540

La Chine rejette la menace européenne de rétablir les sanctions contre l’Iran

Pékin s’oppose à l’éventuel retour des sanctions du trio européen contre l’Iran, alors que l’échéance de l’accord sur le nucléaire approche et que les tensions diplomatiques s’intensifient autour de Téhéran.

Washington renforce ses liens avec le Pakistan autour des minerais et hydrocarbures

Les États-Unis projettent de collaborer avec le Pakistan dans les minerais critiques et les hydrocarbures, en explorant des coentreprises et projets dans des zones stratégiques comme le Baloutchistan.

La Russie fait adopter ses normes pétro-gazières par l’Afrique et le Moyen-Orient

Environ 80 normes techniques russes pour le pétrole et le gaz ont été validées à l’international, notamment par les Émirats arabes unis, l’Algérie et Oman, selon l’Institut des initiatives technologiques pétrolières.
en_1140320837540

Irak et Syrie relancent le pipeline Kirkuk-Baniyas pour contourner les routes traditionnelles

Bagdad et Damas intensifient leurs discussions pour réactiver l'oléoduc de 850 km fermé depuis 2003, offrant une alternative méditerranéenne face aux tensions régionales et aux blocages d'exportation.

L’Arménie et l’Azerbaïdjan signent l’accord du corridor TRIPP sous l’égide américaine

Les deux pays mettent fin à 37 ans de conflit avec un corridor de 43 kilomètres sous contrôle américain pour 99 ans. L'infrastructure acheminera 50 millions de tonnes de marchandises annuellement d'ici 2030.

L’AIEA dépêche un émissaire à Téhéran pour négocier un nouveau cadre nucléaire

Un haut responsable de l'agence onusienne entame lundi des discussions techniques avec l'Iran, première rencontre depuis les frappes de juin sur les sites nucléaires iraniens.
en_1140100835540-2

L’Indonésie finalise un accord de libre-échange avec l’Union économique eurasiatique pour décembre

Un accord de libre-échange entre l’Indonésie et l’Union économique eurasiatique sera signé en décembre, visant une réduction des droits de douane sur 3 milliards USD d’échanges et la croissance du commerce bilatéral dans les prochaines années.

L’Inde envoie son principal conseiller à Moscou face à la pression américaine sur le pétrole

La visite du conseiller à la sécurité nationale indien à Moscou intervient alors que les États-Unis menacent d’augmenter les droits de douane sur New Delhi, en raison des achats soutenus de pétrole russe par l’Inde.

L’UE suspend 93 milliards d’euros de tarifs douaniers contre Washington

Bruxelles gèle ses mesures de rétorsion pour six mois alors que l'accord du 27 juillet impose 15% de droits sur les exportations européennes.
en_114050848540-2

Iran et Irak peinent à finaliser leur accord gazier malgré des négociations avancées

Les discussions entre Téhéran et Bagdad sur les volumes d'exportation et une dette de 11 milliards de dollars révèlent les complexités d'une dépendance énergétique sous sanctions américaines.

L’Inde navigue entre sanctions américaines et dépendance au pétrole russe

Face aux menaces de sanctions secondaires américaines, les raffineurs indiens ralentissent leurs achats de brut russe tout en explorant des alternatives coûteuses, révélant les défis complexes de la sécurité énergétique.

Le conflit commercial entre les États-Unis et le Brésil ouvre un boulevard à la Chine et à l’Europe

Les tarifs de 50% poussent Brasília vers une intégration commerciale accélérée avec Pékin et Bruxelles, redessinant les équilibres économiques régionaux.
en_1140320748540

Trump frappe le Brésil avec 50% de tarifs mais épargne le pétrole et le fer

Washington impose des droits douaniers massifs invoquant la persécution de Bolsonaro tout en exemptant les secteurs stratégiques pour l'industrie américaine.

L’Ultimatum tarifaire américain pousse l’Inde vers nouvelles alliances commerciales asiatiques

Les sanctions du 1er août accélèrent la reconfiguration des flux commerciaux indo-pacifiques avec Vietnam, Bangladesh et Indonésie comme principaux bénéficiaires.

Connectez-vous pour lire cet article

Vous aurez également accès à une sélection de nos meilleurs contenus.

ou

Passez en illimité grâce à notre offre annuelle:
99$ la 1ère année, puis 199$ /an.