Les États-Unis ont mis fin aux licences accordées à plusieurs groupes pétroliers étrangers opérant au Venezuela, accentuant leur stratégie de pression économique à l’encontre du président Nicolás Maduro. Cette décision, officialisée en mars, concerne notamment les activités de l’Américain Chevron, de l’Espagnol Repsol et du Français Maurel & Prom, qui devront cesser toute opération dans le pays d’ici le 27 mai. Cette mesure s’inscrit dans une politique plus large de l’administration Trump visant à délégitimer la réélection de Maduro en 2024, jugée frauduleuse par une partie de la communauté internationale.
Washington a parallèlement annoncé des taxes de 25 % sur les importations de pétrole provenant de pays commerçant avec Caracas. Cette décision met fin à une période de relative stabilité obtenue grâce aux dérogations octroyées fin 2022, qui avaient permis à la compagnie publique vénézuélienne Petróleos de Venezuela S.A. (PDVSA) de réhabiliter une partie de ses infrastructures et de relancer partiellement la production.
Une production soutenue mais exposée
La production pétrolière du Venezuela s’élève aujourd’hui à environ 900 000 barils par jour, selon les données de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Ce niveau avait été atteint grâce au redémarrage de plusieurs champs opérés en coentreprise avec des groupes étrangers, notamment Chevron (220 000 barils), Repsol (60 000) et Maurel & Prom (jusqu’à 25 000). Malgré leur départ, l’exploitation des gisements devrait se poursuivre, les champs étant codétenus avec PDVSA.
Gilberto Morillo, ancien directeur financier de PDVSA, estime que la société dispose désormais d’une certaine capacité d’opération, bien que difficile à mesurer. Toutefois, la fin de l’appui technique et logistique de ces partenaires étrangers pourrait engendrer des perturbations, notamment dans les zones dépendant d’équipements et de savoir-faire externes.
Commercialisation du brut et restrictions logistiques
Sur le plan commercial, les sanctions posent un obstacle majeur. Le Venezuela, qui exportait en février 500 000 barils par jour vers la Chine, 240 000 vers les États-Unis, et 70 000 vers l’Inde et l’Espagne, devra désormais contourner les restrictions en multipliant les intermédiaires. Ces pratiques avaient déjà été employées lors des précédentes phases de sanctions, au prix de remises tarifaires importantes.
Les tentatives passées de ventes via des crypto-actifs ont été suspendues après un scandale de corruption impliquant l’ex-ministre du Pétrole Tareck El Aissami, accusé de détournements s’élevant à 15 milliards USD. Reinaldo Quintero, président de l’Association pétrolière vénézuélienne, a reconnu le risque que représentent ces sanctions pour l’exportabilité du brut vénézuélien, tout en évoquant la possibilité de nouveaux canaux de négociation.
Énergie domestique et impacts macroéconomiques
La société Repsol, très présente dans la filière gazière au Venezuela, a rappelé que 85 % de ses opérations concernent le gaz naturel, essentiel au réseau électrique local. L’interdiction de recevoir des paiements en dollars américains oblige les compagnies à envisager une poursuite des opérations sans contrepartie immédiate. Gilberto Morillo estime que si PDVSA ne peut pas payer ses partenaires, ces derniers risquent d’accumuler une dette ou de quitter le pays, abandonnant leurs investissements.
L’annonce des mesures américaines a immédiatement provoqué une montée du dollar sur le marché noir. Selon le consultant César Aristimuño, cette réaction traduit la crainte d’un retour de l’hyperinflation et de la pénurie, dans un pays dont le produit intérieur brut a chuté de 80 % entre 2014 et 2021. Le climat d’incertitude soulève des inquiétudes quant à la résilience de l’économie vénézuélienne face à l’isolement croissant.