Les prix du gaz naturel en Europe ont connu un pic début 2025, atteignant leur niveau le plus élevé depuis deux ans. Actuellement, la référence des prix du gaz en Europe, le TTF (Title Transfer Facility), se situe autour de 47 EUR/MWh (14,50 USD/MBtu). Bien que cela soit bien en dessous des niveaux records observés après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, ces prix restent toutefois environ deux fois supérieurs à ceux d’avant la crise. Cette hausse des prix est attribuable à la réduction des approvisionnements en gaz en raison de l’arrêt du transit de gaz russe via l’Ukraine depuis janvier 2025, et au retour des conditions hivernales moyennes, après deux hivers plus cléments que d’habitude.
La situation a été exacerbée par un phénomène climatique, la « Dunkelflaute », une période prolongée de faibles vitesses de vent et de soleil en novembre 2024, qui a nécessité une augmentation de 80 % de la consommation de gaz par rapport à l’année précédente pour garantir un approvisionnement électrique continu. Parallèlement, la croissance de l’approvisionnement mondial en GNL (gaz naturel liquéfié) reste modeste, avec une augmentation prévue de seulement 5 % en 2025, principalement soutenue par la montée en puissance des installations nord-américaines. Cependant, la réduction du transit de gaz russe par pipeline vient compenser cette croissance.
Des niveaux de stockage sous pression
Le faible niveau de gaz dans les stocks de l’Union européenne, inférieur de 24 milliards de mètres cubes (bcm) par rapport à l’année dernière, exerce une pression supplémentaire sur les prix. Pour répondre aux objectifs de remplissage des stocks avant l’hiver prochain, l’Europe devra importer davantage de gaz, notamment en sollicitant davantage les marchés mondiaux de GNL. Cela pourrait resserrer les fondamentaux du marché. Les gouvernements européens, confrontés à des prix élevés et volatils du gaz, continuent d’essayer de protéger les consommateurs et d’assurer l’approvisionnement énergétique. Des mesures de soutien à l’accessibilité, des obligations de stockage et des mécanismes de gestion des achats communs ont été mises en place pour atténuer ces défis.
Effets sur la compétitivité industrielle
L’impact économique des prix du gaz reste majeur, en particulier pour les industries à forte intensité énergétique. Les prix du gaz pour les consommateurs industriels européens sont en moyenne 30 % plus élevés qu’en Chine et cinq fois plus élevés qu’aux États-Unis depuis 2022. Cela a conduit certaines industries à réduire leur production, voire à fermer certaines usines. En parallèle, l’élévation des prix a contribué à l’inflation et à une augmentation de la pauvreté énergétique à travers le continent, accentuant les difficultés économiques tant pour les foyers que pour les entreprises.
Depuis 2022, l’ajout de 250 GW de nouvelles capacités renouvelables a contribué à limiter la demande en gaz dans le secteur de l’électricité, réduisant la consommation de plus de 60 bcm de gaz. Par ailleurs, les ventes de pompes à chaleur, bien qu’elles aient ralenti, ont également contribué à limiter la demande de gaz, atténuant ainsi une partie de la pression sur l’approvisionnement.
Perspectives et défis à venir
L’instabilité géopolitique et la faiblesse des stocks de gaz européens laissent présager une année difficile pour le secteur énergétique en 2025. Les experts prévoient une amélioration de la situation à partir de 2026, avec l’arrivée sur les marchés mondiaux de nouvelles quantités de GNL, notamment en provenance des États-Unis et du Qatar. Cependant, cette solution est à long terme et les gouvernements européens devront redoubler d’efforts pour améliorer l’efficacité énergétique, diversifier leurs sources d’approvisionnement et renforcer la résilience de leur réseau énergétique dans les années à venir. L’accent sera mis sur la sécurité d’approvisionnement, notamment avec la négociation de contrats à long terme pour des approvisionnements plus stables.