La Corée du Sud et les États-Unis ont annoncé leur intention d’engager des discussions sur le retraitement du combustible nucléaire, une étape qui pourrait modifier un élément clé de l’accord nucléaire civil entre les deux pays. Cette décision a été rendue publique à la suite d’un sommet tenu à Washington entre le président sud-coréen Lee Jae Myung et le président américain Donald Trump.
Accord bilatéral et enjeux stratégiques
La Corée du Sud, qui exploite actuellement 26 centrales nucléaires, n’est pas autorisée à retraiter le combustible usé sans le consentement des États-Unis, en vertu d’un accord fondé sur l’Atomic Energy Act américain, notamment sa section 123. Le ministre des Affaires étrangères sud-coréen, Cho Hyun, a déclaré qu’un changement de ce cadre juridique est nécessaire afin de permettre au pays de développer ses propres capacités de production de combustible.
Dans une déclaration télévisée, Cho a affirmé : « Nous ressentons la nécessité de pouvoir retraiter le combustible et de fabriquer notre propre carburant à partir de concentrés. » Il a ajouté que la coopération avec les États-Unis était essentielle, soit par la révision de l’accord existant, soit par un mécanisme alternatif déjà prévu dans le traité bilatéral.
Position américaine et préoccupations de prolifération
Le département d’État américain a indiqué qu’il n’était pas en mesure de préciser les contours des discussions engagées, mais a réaffirmé l’engagement des États-Unis à limiter la prolifération des capacités de retraitement et d’enrichissement. Washington continue de viser les normes les plus strictes en matière de non-prolifération dans le cadre de ses accords nucléaires civils.
Le retraitement du combustible usé permet notamment d’extraire du plutonium, pouvant être réutilisé à des fins civiles mais aussi potentiellement militaires. Bien que Séoul insiste sur l’usage industriel et environnemental de cette capacité, le sujet reste sensible. Selon Cho, toute évocation d’une intention d’armer la Corée du Sud nuirait à la coopération avec les États-Unis.
Pressions politiques et perception publique en Corée du Sud
Les débats interviennent dans un contexte d’inquiétudes croissantes concernant la fiabilité des garanties de sécurité américaines, notamment face à la menace nucléaire nord-coréenne. Des sondages récents montrent qu’environ 75% des citoyens sud-coréens se déclarent favorables à l’acquisition de capacités nucléaires nationales.
Daryl Kimball, directeur exécutif de l’Arms Control Association, a contesté l’intérêt industriel de cette démarche, soulignant qu’elle pourrait accroître les risques de prolifération. Dans une lettre adressée en juillet à des parlementaires américains, il a exprimé ses réserves quant à un décret signé en mai par le président Trump, ordonnant une étude sur l’usage civil du plutonium.