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Pétrole vénézuélien : Chevron, Shell et ExxonMobil pèsent les risques d'un engagement coûteux

Alors que Washington pousse à l'ouverture du secteur pétrolier vénézuélien, les dirigeants de Chevron, Shell et ExxonMobil affichent un intérêt mesuré. L'état des infrastructures et l'instabilité juridique freinent des investissements qui pourraient se chiffrer en dizaines de milliards de dollars.

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Pétrole vénézuélien : Chevron, Shell et ExxonMobil pèsent les risques d'un engagement coûteux

Secteurs Pétrole, Exploration production
Thèmes Investissements & Transactions, Investissement entreprise
Sociétés Chevron, Shell, ExxonMobil
Pays Venezuela, États-Unis, Cuba

Les grandes compagnies pétrolières américaines envoient des équipes au Venezuela pour évaluer les opportunités d'investissement, mais leurs dirigeants restent divisés sur l'ampleur de l'engagement à prendre. L'administration Trump, qui a capturé l'ancien président Nicolas Maduro lors d'un raid le 3 janvier, pousse Caracas à attirer les capitaux étrangers dans les hydrocarbures et l'exploitation minière. La chute de la production vénézuélienne a déjà provoqué des effets régionaux, notamment à Cuba, affecté par de multiples pannes électriques depuis l'interruption des livraisons de pétrole vénézuélien.

Des PDG aux positions divergentes

Au forum mondial CERAWeek (Cambridge Energy Research Associates Week), réuni à Houston, Mike Wirth, PDG de Chevron, a déclaré percevoir "des signes de progrès" au Venezuela. Chevron est la seule compagnie internationale à avoir maintenu des opérations dans le pays ces dernières années. Wirth a estimé qu'un retour aux niveaux de production de plus de trois millions de barils par jour — enregistrés il y a deux décennies — nécessiterait "un investissement significatif de plusieurs dizaines de milliards de dollars". Ces perspectives s'inscrivent dans un marché pétrolier mondial en mutation, marqué par les tensions ayant récemment conduit l'Agence internationale de l'énergie (AIE) à se préparer à libérer ses réserves stratégiques.

Le PDG de Shell, Wael Sawan, s'est dit "optimiste", tout en reconnaissant qu'"il reste encore un long chemin à parcourir". Il a indiqué que Shell engage des discussions pour des projets liés au gaz. Darren Woods, PDG d'ExxonMobil, absent du forum, a affirmé que le Venezuela est un pays "où on ne peut pas investir". Parallèlement, Dan Ammann, un autre dirigeant d'ExxonMobil, a confirmé qu'une équipe de la compagnie réalise actuellement des évaluations sur place, estimant qu'un retour aux niveaux de production d'antan nécessiterait "probablement des centaines de millions de dollars d'investissements".

Infrastructures vétustes et incertitudes juridiques

Jorge Pinon, chercheur à l'Energy Institute de l'université du Texas à Austin, décrit les grandes compagnies comme envoyant de petites équipes pour "passer au crible" l'état des lieux : infrastructures, logistique et droits d'exploitation du sous-sol. Il rappelle que des opérateurs chinois et russes détiennent toujours des co-entreprises au Venezuela. Le pays possède les plus grandes réserves de pétrole au monde, mais des années de sous-investissement, de manque d'entretien et de sanctions américaines ont sévèrement contraint sa production.

Sous la pression de Washington, Delcy Rodriguez, présidente par intérim du Venezuela, a fait adopter en janvier une réforme majeure des lois sur les hydrocarbures, ouvrant le secteur aux investissements privés et étrangers. Doug Burgum, secrétaire américain à l'Intérieur, a déclaré aux dirigeants réunis à CERAWeek que le Venezuela "veut être compétitif pour attirer vos investissements".

Un potentiel de cinq millions de barils par jour revendiqué

Maria Corina Machado, opposante vénézuélienne et lauréate du prix Nobel de la paix, a qualifié cette réforme d'"ouverture sans précédent", décrivant le dispositif comme "une privatisation à 100%" dans laquelle l'État jouerait un rôle de régulateur. Elle a affirmé que la capacité de production pétrolière du Venezuela pourrait atteindre jusqu'à cinq millions de barils par jour. Selon ses estimations, atteindre ce potentiel nécessiterait "plus de 150 milliards de dollars sur les 10 prochaines années".

Jorge Pinon nuance toutefois ces perspectives : la loi sur les hydrocarbures vénézuélienne pourrait être remise en cause par un futur gouvernement, au motif qu'elle n'a pas été adoptée par une Assemblée élue "légitimement" par le peuple. Cette incertitude juridique constitue l'un des principaux obstacles à une mobilisation de capitaux étrangers dans le secteur, malgré l'appétit affiché de Washington pour rouvrir le marché pétrolier vénézuélien.

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