articles populaires

OPEP+: la réunion de tous les dangers ?

Partagez:

L’OPEP + arrivera-t-elle à se mettre d’accord sur une stratégie commune le 1er décembre prochain ? Pas sûr tant les débats internes sur le niveau des quotas de production semblent vifs entre les pays de l’alliance. Dans une note publiée le 23 novembre dernier, Goldman Sachs mettait même en doute le futur de l’organisation. C’est dire l’importance des enjeux liés à la réunion virtuelle du groupe prévue le 30 novembre prochain.

 

L’accord de l’OPEP + du 12 avril 2020

L’OPEP + représente une alliance formée en décembre 2016 entre les pays de l’OPEP et 10 autres pays producteurs. De part leur poids dans la production mondiale, l’Arabie saoudite et la Russie dominent l’agenda de l’organisation. Celle-ci a pour but de stabiliser les cours mondiaux du brut fragilisés par l’expansion du pétrole non-conventionnel américain.

En cela, elle joue un rôle décisif sur les marchés pétroliers. En mars 2020, ce fut ainsi la rupture de l’alliance entre Riyad et Moscou qui provoqua l’effondrement des prix. À l’inverse, l’accord du 12 avril a permis de stabiliser les prix au plus fort de la crise du Covid-19.

Cet accord prévoit plusieurs étapes qui constituent aujourd’hui l’enjeu principal des négociations. Premièrement, les États se sont accordés sur une baisse immédiate de la production de 9,7 millions de barils par jour. Pour donner un ordre de grandeur, cette baisse représente près de 10 % de la production mondiale.

OPEP-58db2067

Ensuite, l’accord prévoit que l’ajustement diminuera à 7,7 millions de barils/jour (mb/d) de juillet à décembre 2020. Enfin, à partir de janvier 2021 jusqu’à fin avril 2022, l’ajustement ne sera plus que de 5,8 mb/d. À noter que ces quotas sont calculés en fonction de la production d’octobre 2018.

Cependant, l’accord se retrouve aujourd’hui remis en cause du fait des nombreuses incertitudes pesant sur les marchés pétroliers. Trois options sont ainsi envisagées, à savoir le durcissement, la continuité ou le relâchement des quotas de production. La réunion du 1er décembre visera justement à choisir entre toutes ces options dans un environnement extrêmement imprévisible.

 

Une alliance OPEP + confrontée à l’incertitude de la demande mondiale de pétrole

À l’heure actuelle, il est très difficile de dire lesquelles des trois options l’OPEP + adoptera lors de la réunion. Il y a deux semaines, le comité technique n’avait ainsi pas réussi à se mettre d’accord sur cette question. La difficulté réside dans la grande incertitude entourant l’évolution à court-terme de la demande mondiale.

En effet, il est impossible de prévoir d’une part avec certitude la progression du Covid-19 dans les prochains mois. D’autre part, la commercialisation d’un vaccin pourrait entraîner un retour à la normale dans le secteur des transports. Par conséquent, l’alliance se retrouve confrontée à un dilemme quand il s’agit de déterminer ses quotas.

D’un côté, si les États adoptent des mesures de confinement alors les quotas devront être réduits pour stabiliser les prix. D’un autre côté, si un vaccin devient disponible alors les quotas devront être relâchés sous peine de hausse des prix. En d’autres termes, si elle fait le mauvais choix, l’alliance pourrait se retrouver en grande difficulté dans les prochains mois.

Ainsi, des quotas de production trop importants signifieraient un effondrement des prix sur les marchés. A contrario, des quotas trop faibles entraîneraient pour les pays de l’alliance une diminution de leur part de marché. Un prix élevé pourrait, en effet, stimuler la production de pétrole non-conventionnel aux États-Unis.

On comprend mieux dès lors pourquoi la décision qui sera prise le 1er décembre est si importante. De cette décision dépendra l’évolution future des parts de marché des États ainsi qu’une partie de leurs recettes budgétaires. En outre, cette décision pourrait provoquer l’éclatement de l’alliance du fait du mécontentement de nombreux pays.

 

Le risque d’un effondrement de l’OPEP+

Depuis sa création, il y a 60 ans, l’OPEP souffre d’un manque de cohésion interne problématique en période de crises. Avec 10 États supplémentaires, cette difficulté se retrouve aggravée dans le cadre de l’OPEP +. Tous les États n’affichent pas, par exemple, le même niveau de rentabilité selon les prix du pétrole.

De même, tous les membres de l’alliance n’ont pas la même dépendance au pétrole en matière de recettes budgétaires. L’Arabie saoudite se trouve ainsi dans un état de dépendance bien plus élevé que la Russie. C’est pourquoi il est très difficile de s’accorder sur un objectif de prix qui puisse satisfaire l’ensemble des pays.

Cette question est d’autant plus problématique que la Libye, et peut-être l’Iran, reviennent sur les marchés pétroliers. Depuis la levée du blocus par le maréchal Haftar, Tripoli produit ainsi près de 1,2 mb/d. Pour l’Iran, l’élection de Biden offre l’espoir d’une rapide levée des sanctions dans le secteur pétro-gazier.

Or, avec davantage de production venant de ces États, les pays de l’alliance devront réduire encore plus leur production. Bien évidemment, cette perspective ne plaît pas à un certain nombre de pays dont les Émirats arabes unis (EAU). Ce dernier est vent debout contre toute réduction supplémentaire de sa production au point qu’on s’interroge sur sa participation future.

Dans ces conditions, Abu Dhabi n’exclut pas de se retirer de l’OPEP dont il est pourtant un membre influent. D’autres pays pourraient faire de même surtout si les quotas de production ne sont pas respectés. L’Irak se retrouve notamment montrée du doigt pour sa faible conformité aux quotas décidés le 12 avril dernier.

Par conséquent, la réunion du 30 novembre apparaît comme doublement décisive. D’une part, l’OPEP + devra s’accorder sur une stratégie capable de s’adapter aux incertitudes existantes à court et moyen terme. D’autre part, cette stratégie devra satisfaire l’ensemble des membres sous peine d’un affaiblissement structurel de l’alliance.

Inscrivez-vous gratuitement pour un accès sans interruption.

Publicite

Récemment publiés dans

Le géant pétrolier BP présente mercredi une révision de sa stratégie, marquée par un recentrage sur les énergies fossiles et une réduction des investissements dans les énergies renouvelables, après un bénéfice net en chute libre l'an dernier.
Le Niger a expédié plus de 14 millions de barils de pétrole brut à travers le Bénin, malgré des tensions diplomatiques. La China National Petroleum Corporation assure l’extraction et une part significative des volumes exportés.
Le Niger a expédié plus de 14 millions de barils de pétrole brut à travers le Bénin, malgré des tensions diplomatiques. La China National Petroleum Corporation assure l’extraction et une part significative des volumes exportés.
Le Brésil, l'un des principaux producteurs mondiaux de pétrole, renforce ses régulations concernant l'exploration et la production offshore, ce qui impacte l'industrie et les investissements. Les mesures visent à renforcer la sécurité et limiter les impacts environnementaux.
Le Brésil, l'un des principaux producteurs mondiaux de pétrole, renforce ses régulations concernant l'exploration et la production offshore, ce qui impacte l'industrie et les investissements. Les mesures visent à renforcer la sécurité et limiter les impacts environnementaux.
L’Algérie prépare un nouvel appel d’offres pour l’attribution de blocs pétrogaziers, prévu en octobre 2025. Ce programme vise à attirer des investissements internationaux et à renforcer la production nationale d’hydrocarbures dans un contexte de forte demande énergétique.
L’Algérie prépare un nouvel appel d’offres pour l’attribution de blocs pétrogaziers, prévu en octobre 2025. Ce programme vise à attirer des investissements internationaux et à renforcer la production nationale d’hydrocarbures dans un contexte de forte demande énergétique.
Le Gabon a lancé le 22 février la première phase de son projet d'interconnexion électrique avec la Guinée équatoriale, visant à importer 10 MW d’électricité pour plusieurs localités gabonaises.
Selon les prévisions de Wood Mackenzie, le prix moyen du Brent en 2025 sera de 73 $/baril, sous l’effet de facteurs géopolitiques et économiques complexes, notamment la guerre en Ukraine et les sanctions contre l’Iran.
Selon les prévisions de Wood Mackenzie, le prix moyen du Brent en 2025 sera de 73 $/baril, sous l’effet de facteurs géopolitiques et économiques complexes, notamment la guerre en Ukraine et les sanctions contre l’Iran.
La Commission européenne annonce un plan de soutien visant à renforcer la sécurité énergétique de l’Ukraine et à intégrer pleinement son marché de l’électricité et du gaz dans celui de l’Union européenne d’ici 2027, en coopération avec la Moldavie.
La Commission européenne annonce un plan de soutien visant à renforcer la sécurité énergétique de l’Ukraine et à intégrer pleinement son marché de l’électricité et du gaz dans celui de l’Union européenne d’ici 2027, en coopération avec la Moldavie.
Le gouvernement des États-Unis a annoncé de nouvelles sanctions contre 22 personnes et sociétés, ainsi que 13 navires, accusés de contourner les sanctions sur le pétrole iranien, dans le cadre de la politique de pression maximale.
Le gouvernement des États-Unis a annoncé de nouvelles sanctions contre 22 personnes et sociétés, ainsi que 13 navires, accusés de contourner les sanctions sur le pétrole iranien, dans le cadre de la politique de pression maximale.
Le Gabon et la Guinée équatoriale ont interconnecté leurs réseaux électriques, permettant l'importation immédiate de 3 mégawatts pour alimenter la région nord du Gabon, confrontée à des pénuries persistantes.
TotalEnergies et ExxonMobil ont conclu un accord avec l'Agence nationale du Pétrole, du Gaz et des Biocarburants (ANPG) pour mener des études prospectives sur les blocs offshore 17/O6 et 32/21 en Angola, visant à identifier de nouvelles cibles de forage.
TotalEnergies et ExxonMobil ont conclu un accord avec l'Agence nationale du Pétrole, du Gaz et des Biocarburants (ANPG) pour mener des études prospectives sur les blocs offshore 17/O6 et 32/21 en Angola, visant à identifier de nouvelles cibles de forage.
Suriname prévoit de forer au moins 10 puits offshore d’ici 2026, avec des investissements estimés à 9,5 milliards de dollars, afin d’exploiter d’importantes réserves pétrolières et d’attirer des capitaux étrangers.
Suriname prévoit de forer au moins 10 puits offshore d’ici 2026, avec des investissements estimés à 9,5 milliards de dollars, afin d’exploiter d’importantes réserves pétrolières et d’attirer des capitaux étrangers.
Les autorités kurdes du nord-est de la Syrie ont recommencé à fournir du pétrole aux zones contrôlées par le gouvernement central, marquant une première depuis la destitution de Bachar al-Assad en décembre dernier.
Les autorités kurdes du nord-est de la Syrie ont recommencé à fournir du pétrole aux zones contrôlées par le gouvernement central, marquant une première depuis la destitution de Bachar al-Assad en décembre dernier.
Shell Offshore Inc. et Shell Pipeline Company, filiales de Shell plc, ont conclu un accord pour acquérir la participation de ConocoPhillips dans les champs Ursa et Europa, renforçant ainsi leur position dans le golfe du Mexique.
CNOOC Limited a démarré la production de la phase II du projet pétrolier Luda 5-2 North, situé en mer de Bohai. L’expansion comprend 29 puits et vise un pic de production de 6 700 barils équivalent pétrole par jour d’ici 2026.
CNOOC Limited a démarré la production de la phase II du projet pétrolier Luda 5-2 North, situé en mer de Bohai. L’expansion comprend 29 puits et vise un pic de production de 6 700 barils équivalent pétrole par jour d’ici 2026.
Aramco renforce sa présence sur le marché philippin des carburants en acquérant 25 % d'Unioil, avec l'intention d'élargir son réseau de stations-service et d'offrir ses produits raffinés et lubrifiants Valvoline à travers le pays.
Aramco renforce sa présence sur le marché philippin des carburants en acquérant 25 % d'Unioil, avec l'intention d'élargir son réseau de stations-service et d'offrir ses produits raffinés et lubrifiants Valvoline à travers le pays.
La société Black Gold Exploration (BGX) a annoncé le début des travaux de forage sur le puits Fritz 2-30 à Clay County, dans l'Indiana, après avoir acquis une participation de 10 % dans ce projet.
La société Black Gold Exploration (BGX) a annoncé le début des travaux de forage sur le puits Fritz 2-30 à Clay County, dans l'Indiana, après avoir acquis une participation de 10 % dans ce projet.
Face à la menace russe croissante, la Norvège et le Royaume-Uni vont intensifier leur collaboration pour sécuriser leurs infrastructures sous-marines vitales, à la suite des tensions géopolitiques récentes.
L’Angola engage de nouvelles études prospectives sur les blocs pétroliers 17/O6 et 32/21, visant à identifier des cibles de forage pour éviter une baisse prolongée de sa production de pétrole.
L’Angola engage de nouvelles études prospectives sur les blocs pétroliers 17/O6 et 32/21, visant à identifier des cibles de forage pour éviter une baisse prolongée de sa production de pétrole.
Une attaque de drones sur le pipeline Caspian Pipeline Consortium (CPC) menace de perturber les exportations de pétrole du Kazakhstan. Vladimir Poutine demande aux partenaires étrangers, notamment Chevron, de financer les réparations nécessaires.
Une attaque de drones sur le pipeline Caspian Pipeline Consortium (CPC) menace de perturber les exportations de pétrole du Kazakhstan. Vladimir Poutine demande aux partenaires étrangers, notamment Chevron, de financer les réparations nécessaires.
Glencore annonce une perte financière en 2024, attribuée à une baisse de la demande et à des fluctuations des prix des matières premières, tout en envisageant un changement de marché boursier pour renforcer sa position stratégique.
Glencore annonce une perte financière en 2024, attribuée à une baisse de la demande et à des fluctuations des prix des matières premières, tout en envisageant un changement de marché boursier pour renforcer sa position stratégique.
Le Brésil a officialisé son adhésion à la Charte de l'OPEP, renforçant ainsi sa position dans le secteur énergétique mondial tout en consolidant sa place parmi les producteurs influents.
Woodside Energy a réévalué les réserves du champ pétrolier offshore Sangomar au Sénégal, ajoutant 16,2 millions de barils équivalents pétrole aux réserves prouvées. Cette mise à jour soutient la stabilité de la production et renforce l’approvisionnement de la raffinerie nationale.
Woodside Energy a réévalué les réserves du champ pétrolier offshore Sangomar au Sénégal, ajoutant 16,2 millions de barils équivalents pétrole aux réserves prouvées. Cette mise à jour soutient la stabilité de la production et renforce l’approvisionnement de la raffinerie nationale.
Un accord a été signé en février 2025 entre le Kazakhstan et la Hongrie pour renforcer les exportations de pétrole kazakh via le pipeline Druzhba. Ce développement pourrait modifier les dynamiques énergétiques en Europe centrale.
Un accord a été signé en février 2025 entre le Kazakhstan et la Hongrie pour renforcer les exportations de pétrole kazakh via le pipeline Druzhba. Ce développement pourrait modifier les dynamiques énergétiques en Europe centrale.
Le ministre yéménite du pétrole, Saeed Suleiman al-Shamasi, a demandé à l'Iran de cesser son soutien aux rebelles Houthis, alors que le Yémen tente de relancer ses exportations de gaz naturel dans un contexte de crise énergétique.
Le ministre yéménite du pétrole, Saeed Suleiman al-Shamasi, a demandé à l'Iran de cesser son soutien aux rebelles Houthis, alors que le Yémen tente de relancer ses exportations de gaz naturel dans un contexte de crise énergétique.

Publicite