Le président de la République fédérale du Nigeria, Bola Ahmed Tinubu, a procédé au remplacement complet de la direction de la Nigerian National Petroleum Company (NNPC), la compagnie pétrolière nationale, selon une déclaration officielle publiée le 2 avril. Cette décision intervient alors que le premier producteur de pétrole d’Afrique subit un déclin de sa production depuis plusieurs années, tombée à moins d’un million de barils par jour en 2023, contre l’objectif gouvernemental de 2 millions de barils d’ici 2027.
Changement stratégique à la tête de la NNPC
Mele Kyari, ancien directeur général de la NNPC Limited, ainsi que le président de l’entreprise, Pius Akinyelure, ont été relevés de leurs fonctions. Tous deux étaient en poste depuis plusieurs années, Akinyelure étant également considéré comme un proche du président. Ils seront remplacés respectivement par Bayo Ojulari, ex-directeur général de Shell Nigeria, et de nouveaux membres du conseil d’administration encore non détaillés publiquement.
Le conseiller en communication présidentielle, Bayo Onanuga, a précisé que cette restructuration avait pour objectif d’augmenter l’efficacité opérationnelle, de restaurer la confiance des investisseurs et de soutenir la diversification du gaz. Le nouveau conseil devra également renforcer la participation de la NNPC dans la production quotidienne nationale, que le chef de l’État souhaite porter à 200 000 barils par jour d’ici 2027, puis à 500 000 d’ici 2030.
Un climat économique sous tension
Selon une source proche du pouvoir, cette mesure vise à répondre à une « crise de confiance » entre la NNPC et les acteurs privés du secteur, sans représenter une sanction envers la précédente direction. L’économiste nigérian Kelvin Emmanuel a déclaré que ces changements étaient « attendus depuis longtemps », invoquant une performance jugée insuffisante malgré un bénéfice déclaré de 3 300 milliards de nairas (environ 2 milliards de dollars) pour 2023.
Malgré ce résultat, la société avait reconnu dans un communiqué ultérieur que des contraintes financières majeures persistaient. L’impact direct de cette gestion sur l’économie nigériane a été souligné, dans un contexte où les réformes introduites par M. Tinubu — notamment la fin des subventions sur l’essence et la libéralisation du naira — ont provoqué une inflation dépassant 30 % en 2024.
Réactions internes et dynamiques politiques
La nomination de Bayo Ojulari, qui dirigeait récemment le consortium Renaissance chargé du rachat des actifs onshore de Shell au Nigeria, intervient dans un climat de tensions politiques. Bien que M. Ojulari et M. Tinubu partagent des racines yoruba et une appartenance religieuse commune, leurs origines géographiques distinctes n’ont pas apaisé les accusations d’agenda ethnique émises par l’opposition.
Le Nigeria, marqué par une division religieuse et régionale entre le nord majoritairement musulman et le sud chrétien, voit cette décision comme susceptible de raviver les clivages internes. D’après Ikemesit Effiong, directeur de recherche chez SBM Intelligence, ce remaniement soudain pourrait générer de l’incertitude parmi les investisseurs, en particulier dans un contexte politique déjà polarisé.