La République démocratique du Congo, principal producteur mondial de cobalt, a imposé de nouvelles restrictions sur ses exportations pour 2026, remplaçant un embargo précédent par un système de quotas annuels fixés à 96 600 tonnes métriques. Cette limite représente moins de la moitié de la production nationale enregistrée en 2024, qui s’élevait à 74,5 % de l’approvisionnement mondial, selon les données de S&P Global Market Intelligence.
La mesure a été perçue par les acteurs du marché comme un facteur de déséquilibre majeur. Les quotas annoncés sont bien inférieurs aux attentes du secteur et risquent de provoquer un déficit structurel de cobalt, entraînant une pression haussière sur les prix. À la suite de l’annonce, le prix du cobalt hydroxide livré en Chine a bondi de 69,9 % entre le 21 septembre et le 9 décembre, atteignant $54 674,58 la tonne. Selon les analystes de S&P Global CERA, les prix européens du métal devraient culminer au premier trimestre 2026 avant de baisser progressivement avec l’adaptation au nouveau régime d’exportation.
Une offre restreinte et un marché sous tension
Le durcissement congolais a entraîné une réduction drastique des flux vers la Chine, principal client du pays. En octobre, les importations chinoises de cobalt hydroxide congolais ont chuté de 86,9 % à 6 346 tonnes métriques, contre 48 608 tonnes en mai. La plupart des cargaisons restent encore non expédiées, accentuant la pression sur les réserves mondiales.
Parallèlement, les producteurs freinent leurs ventes dans l’attente de prix plus favorables, accentuant le phénomène de déstockage. L’incertitude sur les volumes disponibles renforce la volatilité des marchés et complique la planification des industriels, notamment dans les secteurs des batteries et de l’électronique.
Montée en puissance progressive de l’Indonésie
Face à cette tension, l’Indonésie émerge comme un nouveau centre d’approvisionnement potentiel. Le pays devrait augmenter sa production minière de cobalt de 39,1 % en 2026, pour atteindre 53 318 tonnes métriques, avec une progression attendue de 25,3 % l’année suivante. Cette croissance repose sur la mise en service progressive de projets d’extraction via lixiviation acide à haute pression intégrés aux infrastructures de nickel, dont la capacité annuelle est estimée à 658 000 tonnes métriques en construction.
Toutefois, les faibles cours du nickel raffiné, tombés à $14 073,74 la tonne en décembre, pourraient ralentir les investissements nécessaires à cette expansion. La production effective pourrait ainsi rester en deçà des prévisions.
Recyclage et alternatives technologiques en soutien
En parallèle, la Chine a autorisé l’importation de “black mass”, matière contenant des métaux issus de batteries usagées, relançant les perspectives du recyclage pour atténuer la pénurie. Selon un rapport de S&P Global Mobility publié en 2024, les taux de récupération du cobalt à partir de ces matériaux peuvent dépasser 95 %, selon les technologies employées.
La hausse prolongée des prix encourage également le développement de solutions techniques moins dépendantes du cobalt. Le fabricant automobile Tesla a déjà réduit la teneur en cobalt de ses batteries depuis 2020. Par ailleurs, les batteries lithium-fer-phosphate, qui ne contiennent pas de cobalt, sont de plus en plus adoptées dans les véhicules électriques.
En 2025, le secteur des batteries représentait 70 % de la demande mondiale de cobalt, répartie entre l’électronique grand public (37 %) et les batteries pour véhicules (33 %). La baisse de l’utilisation du cobalt dans certaines applications pourrait rééquilibrer progressivement l’offre face à une demande toujours évolutive.