L’industrie pétro-gazière européenne semble freiner sa transition énergétique, après des années d’engagement vers une réduction de son empreinte carbone. Des géants comme BP, Shell et TotalEnergies ont ajusté leurs priorités en 2023 et 2024, augmentant leurs investissements dans le secteur des hydrocarbures tout en diminuant ceux consacrés aux projets de transition. BP a annoncé un plan visant à accroître sa production d’hydrocarbures de 25% d’ici 2030, rompant avec son objectif initial de réduire cette production. Ce recentrage est motivé par la nécessité d’améliorer la rentabilité du groupe et ses redistributions aux actionnaires, en particulier après une période de bénéfices en baisse.
Parallèlement, BP prévoit d’investir 10 milliards de dollars par an dans le pétrole et le gaz, soit environ deux tiers de son budget d’investissement global pour 2025. En revanche, les projets de transition climatique du groupe seront réduits de 5 milliards de dollars annuellement, limitant les dépenses dans les énergies renouvelables à environ 1,5 à 2 milliards de dollars par an. Cette réorientation stratégique vise à doper les résultats financiers de BP, qui cherche à rattraper le retard de ses actions par rapport à celles des majors pétrolières américaines, comme ExxonMobil et Chevron, dont les performances boursières ont été plus solides.
Shell, quant à elle, a renoncé à développer de nouveaux projets d’éoliennes en mer, estimant que le rendement ne justifiait pas un tel investissement. Ce changement de cap souligne l’incertitude qui plane sur la rapidité de la transition énergétique, certains experts pointant une insuffisance de la croissance des énergies bas carbone pour répondre à la demande mondiale croissante, notamment dans les marchés émergents. De son côté, TotalEnergies a aussi réajusté ses objectifs, réduisant de 500 millions de dollars ses investissements dans les « énergies bas carbone » pour 2025, tout en augmentant ses prévisions de croissance dans le pétrole et le gaz.
Les tensions entre objectifs climatiques et rentabilité financière
Les entreprises pétrolières européennes, qui ont longtemps été à l’avant-garde de l’initiative de transition énergétique, se retrouvent désormais à jongler entre leurs ambitions climatiques et la nécessité de maintenir des résultats financiers solides. BP et TotalEnergies cherchent à maximiser leurs profits en augmentant leur production d’hydrocarbures et en réduisant leurs dépenses en transition énergétique. Ces ajustements surviennent alors que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a signalé que la demande mondiale de pétrole pourrait atteindre un pic d’ici la fin de la décennie, mais des experts, comme ceux de la société de trading Vitol, prévoient que cette demande pourrait rester élevée jusqu’en 2040.
La réalité du marché énergétique mondial, en particulier dans les pays émergents, continue de peser lourdement sur les stratégies des majors pétrolières. Ces derniers estiment que le pétrole et le gaz demeureront essentiels pour répondre aux besoins énergétiques mondiaux, en dépit de l’essor des énergies renouvelables. Alors que les grandes compagnies nationales de pétrole (NOC) contrôlent une part significative des réserves mondiales, elles restent pour la plupart moins engagées dans des objectifs climatiques concrets, contrairement aux majors occidentales.
Les perspectives mondiales du pétrole et du gaz
Les perspectives à long terme de l’industrie pétrolière et gazière demeurent incertaines, avec des prévisions contradictoires sur la demande future de pétrole. Selon l’AIE, un pic de la demande pourrait se produire avant 2030, ce qui pousserait les entreprises à diversifier leurs investissements. Cependant, des acteurs comme l’OPEP et TotalEnergies estiment que cette tendance haussière pourrait se poursuivre jusqu’en 2050. Alors que la transition énergétique prend du temps, de nombreuses entreprises privilégient une approche plus mesurée, misant sur une coexistence entre les énergies fossiles et les renouvelables pour les décennies à venir.