Les contrats long terme redessinent le risque électrique sur 30 ans face à la volatilité

L’essor des CfD, PPA et mécanismes de capacité traduit un basculement structurel : les marchés ne couvrent plus les besoins de financement à 10–30 ans, alors que les prix spot ont bondi de 400 % en Europe depuis 2019.

Partager:

Toute l'actualité de l'énergie en continu

Abonnement annuel

8.25€/mois*

*facturé annuellement à 99 € la première année, puis 149€/an

Accès illimité • Archives incluses • Facture pro

AUTRES ACCES

Abonnement mensuel

Accès illimité • Archives incluses pendant 1 mois

5.2€/mois*
puis 14.90€ les mois suivant

COMPTE GRATUIT​

3 articles offerts par mois

GRATUIT

*Les prix affichés sont entendus HT, TVA variable en fonction de votre localité ou de votre statut professionnel

Depuis 2021 : 35 000 articles • +150 analyses/sem.

Le design des marchés électriques mondiaux entre dans une phase de recomposition. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que les signaux de marché seuls ne permettent plus de soutenir les investissements nécessaires à la transition, dont l’horizon de rentabilité se situe entre 10 et 30 ans. Or, au-delà de deux ans, la liquidité des produits dérivés chute fortement, exposant producteurs, industriels et investisseurs à une instabilité financière croissante.

Une volatilité multipliée par neuf depuis la crise énergétique

Depuis 2019, la volatilité annuelle des prix de gros a été multipliée par cinq à neuf dans les principales zones étudiées. En Europe, le prix moyen spot de l’électricité est passé de €39/MWh ($42/MWh) en 2019 à plus de €160/MWh ($173/MWh) en 2022, atteignant jusqu’à €700/MWh ($758/MWh) lors des pics de l’hiver. Cette envolée a entraîné la mise en œuvre de plus de 400 mesures d’urgence et précipité la réforme du marché de l’Union européenne.

Aux États-Unis, le Texas (ERCOT) a connu un prix spot moyen supérieur à $120/MWh durant plusieurs mois en 2021, avec des extrêmes dépassant $9,000/MWh sur quelques heures. L’Australie a enregistré une augmentation de 260 % du prix moyen sur son marché national de l’électricité entre 2020 et 2022, atteignant AUD216/MWh ($143/MWh) au pic de la crise.

Des marchés court terme fiables mais incapables d’ancrer les investissements

Les marchés de court terme (day-ahead, intrajournalier) assurent toujours une disponibilité électrique supérieure à 99,9 %. En Europe, le marché day-ahead agrège plus de 400 000 ordres par heure entre plusieurs milliers d’acteurs. Toutefois, ces marchés ne structurent qu’environ 20 % des revenus d’un projet financé sur 20 ans, selon les estimations de l’AIE.

Le nombre d’heures à prix négatif a été multiplié par trois en Allemagne entre 2019 et 2023, atteignant 300 heures sur l’année. Les écarts de prix intrajournaliers dépassent désormais €200/MWh ($216/MWh) sur certains nœuds locaux. Ces signaux renforcent la valeur des flexibilités courtes mais rendent imprévisibles les revenus des actifs non contractualisés.

Une absence de profondeur au-delà de 24 mois

Dans la majorité des places européennes et américaines, moins de 5 % des volumes échangés sur les marchés à terme portent sur des maturités supérieures à deux ans. Or, les projets d’éolien offshore, de nucléaire ou de stockage longue durée nécessitent une visibilité sur 15 à 30 ans. L’écart entre coût actualisé moyen (LCOE – levelised cost of electricity) et prix forward non couvables rend ces actifs difficilement finançables sans intervention.

La remontée des taux d’intérêt a doublé le coût moyen du capital (WACC – weighted average cost of capital) pour les projets renouvelables entre 2021 et 2023 dans plusieurs pays de l’OCDE, passant de 3,5 % à 7 %, selon les benchmarks financiers. Pour un parc solaire de 100 MW avec un CAPEX de €100mn ($108mn), cette hausse se traduit par une charge financière supplémentaire de €35mn ($38mn) sur 20 ans.

Des contrats pour lisser les revenus sur 15 à 20 ans

Les CfD (contracts for difference) représentent désormais plus de 80 % des capacités allouées dans les appels d’offres en Espagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Un CfD de 15 ans garantit un prix moyen fixe d’environ €60/MWh ($65/MWh), contre un prix spot moyen de €120/MWh ($130/MWh) sur la période 2022–2023. Les contrats d’achat d’électricité (PPA) signés dans l’Union européenne ont atteint 16 GW en 2024, avec une durée médiane de 12 ans et un prix moyen autour de €55/MWh ($59/MWh).

Les mécanismes de capacité (CRM) représentent près de €10bn ($10.8bn) de paiements annuels cumulés en Europe, notamment via les marchés centralisés de la France, du Royaume-Uni et de l’Italie. Aux États-Unis, PJM mobilise chaque année environ $9bn en engagements de capacité pour couvrir les besoins à trois ans. Ce filet de sécurité assure des revenus fixes aux centrales thermiques, aux batteries et aux opérateurs de réponse à la demande.

Des risques croisés de sur-rémunération et d’opacité

L’enchevêtrement des mécanismes CfD, PPA, CRM et marchés spot entraîne un risque de double rémunération et de mauvais calibrage des incitations. Dans certains cas, un actif soutenu via un CfD peut aussi percevoir un paiement de capacité, voire arbitrer entre un PPA privé et le marché spot selon les clauses contractuelles. L’AIE estime que cette superposition non coordonnée pourrait désaligner jusqu’à 20 % des signaux d’investissement dans certaines juridictions.

Les régulateurs sont confrontés à une montée en complexité : suivi des flux, contrôle des clauses, gestion des effets d’aubaine. La visibilité pour les investisseurs étrangers devient plus difficile à obtenir dans un contexte de divergence croissante des modèles régionaux.

Une recomposition stratégique pour tous les profils d’acteurs

Les producteurs d’électricité doivent désormais calibrer leur portefeuille entre revenus garantis et exposition spot. Un IPP exploitant 1 GW d’actifs pourrait ainsi segmenter ses revenus en trois tiers : 33 % CfD, 33 % PPA, 33 % marché. Les industriels électro-intensifs internalisent des compétences financières pour gérer leurs contrats sur 15 à 20 ans et piloter leurs garanties de paiement.

Les fonds d’investissement spécialisés demandent des profils de revenus régulés pour garantir leurs rendements cibles de 6 % à 8 %. Les traders interviennent de plus en plus en tant qu’intermédiaires de risque, transformant les signaux spot en produits structurés. Pour les développeurs, la capacité à lire les clauses d’un CfD ou à structurer un PPA long terme devient aussi stratégique que le rendement ou le facteur de charge.

La surcapacité électrique française force une révision stratégique avant fin décembre

Face à un excédent structurel d’électricité, le gouvernement s’engage à publier une nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie d’ici Noël, alors que l’alignement entre offre, demande et investissements devient un enjeu industriel et budgétaire majeur.

Les divisions sur les énergies fossiles bloquent l’adoption d’un rapport de l’ONU

Un rapport scientifique majeur du Programme des Nations unies pour l’environnement n’a pas été validé par les États membres, en raison de désaccords profonds sur les énergies fossiles et d’autres sujets sensibles.

RTE appelle à une électrification accélérée pour réduire la dépendance aux fossiles

RTE alerte sur le retard de la France dans l’électrification des usages, pourtant essentielle pour limiter les importations d’hydrocarbures et soutenir sa stratégie de réindustrialisation.
en_114099991237540

L’Inde annule 6,3 GW de connexions renouvelables, signalant un virage réglementaire

L’autorité centrale indienne a annulé 6,3 GW de connexions réseau pour projets renouvelables depuis 2022, une décision qui reflète un durcissement réglementaire et une volonté de recentrer la responsabilité sur les développeurs.

Le Brésil lance une feuille de route pour réduire sa dépendance au pétrole

Le gouvernement brésilien a reçu l'ordre de définir sous deux mois un plan de réduction progressive des combustibles fossiles, appuyé par un fonds national de transition énergétique alimenté par les recettes pétrolières.

L’Allemagne en retard sur la directive RED III, une application rétroactive probable

Le gouvernement allemand pourrait manquer l’échéance de janvier 2026 pour transposer la directive RED III, provoquant des incertitudes sur les obligations de biocarburants et perturbant les marchés.
en_114088881238540

L’Italie attribue 8,6GW de capacités renouvelables lors de son appel d’offres Fer-X

L’Italie a alloué 82 % des capacités solaires et éoliennes proposées dans le cadre de son appel d’offres Fer-X, totalisant 8,6GW, avec des prix de rachat compétitifs et une forte concentration des projets dans le sud du pays.

Paris missionne Jean-Bernard Lévy pour revoir les subventions aux renouvelables

Face à l’alourdissement des dépenses publiques, le gouvernement français mandate deux experts pour réévaluer le dispositif de soutien aux énergies renouvelables électriques et au stockage, avec des propositions attendues sous trois mois.

L’armée polonaise s’engage à sécuriser le réseau électrique face à la menace des drones

L'opérateur national PSE s'associe aux forces armées pour protéger les postes de transformation, alors que les infrastructures critiques sont ciblées par des actes de sabotage attribués à des ingérences extérieures.
en_1140331255540

La Norvège lance une commission pour planifier l’après-pétrole

Le gouvernement norvégien met en place une commission chargée d’anticiper le déclin des hydrocarbures et d’évaluer les options économiques pour le pays dans les prochaines décennies.

Le Kazakhstan lance des appels d’offres pour 3 GW de capacités renouvelables d’ici 2026

Le Kazakhstan prévoit d’allouer 3 GW de projets éoliens et solaires d’ici fin 2026 par appels d’offres, avec un premier lot d’1 GW en 2025, dans un contexte de modernisation de son système électrique.

Les pannes électriques aux États-Unis atteignent un record de 11 heures par client en 2024

Les ouragans Beryl, Helene et Milton ont représenté 80 % des coupures d’électricité enregistrées en 2024, un pic inédit en dix ans selon les données fédérales.
en_11402222221233540

France : la CRE lance un dispositif transitoire pour encadrer les fournisseurs

La Commission de régulation de l’énergie introduit un contrôle prudentiel temporaire sur les fournisseurs de gaz et d’électricité, via un « guichet à blanc » ouvert dès décembre, en attendant la transposition des règles européennes.

Carney et Smith débloquent un pipeline vers l’Asie et modifient la loi sur les tankers

L’accord Carney–Smith lance un nouvel oléoduc vers l’Asie, supprime les plafonds d’émissions pétrogazières et amorce une réforme de la loi interdisant les tankers sur la côte nord du Pacifique.

Les actifs renouvelables post-CfD exposent les investisseurs à un risque de marché accru

La sortie progressive des contrats CfD transforme des actifs stables en infrastructures exposées à une volatilité accrue, remettant en cause les rendements attendus et les modèles de financement traditionnels du secteur renouvelable.
en_114028281129540

Le Canada réforme sa loi sur l’efficacité énergétique pour adapter sa politique aux marchés numériques

Le gouvernement canadien introduit une révision législative majeure de la Loi sur l’efficacité énergétique afin de soutenir sa stratégie nationale et s’aligner sur les réalités du commerce numérique.

Québec maintient seul un prix carbone à la pompe malgré la fin de la taxe fédérale

Québec devient l’unique province canadienne où le prix du carbone continue de s’appliquer directement aux carburants, dans un contexte où Ottawa a supprimé la taxe carbone grand public depuis avril 2025.

L’Inde investit $872mn pour produire localement ses aimants aux terres rares

New Delhi lance un plan d’incitations de 72,8 Md INR pour créer une capacité nationale de 6 000 tonnes d’aimants permanents, face aux restrictions croissantes imposées par la Chine sur les exportations de composants critiques.
en_114027271133540

Berlin prévoit l’acquisition de 25,1 % de TenneT Allemagne début 2026

L’Allemagne prévoit de finaliser l’achat de 25,1 % de la filiale allemande de TenneT pour 5,8 milliards €, afin de renforcer son contrôle sur les infrastructures critiques du réseau électrique national.

Le Ghana réorganise son secteur électrique autour du gaz pour contenir son déficit

Le gouvernement ghanéen met en œuvre une réforme de son système énergétique visant à renforcer l’usage du gaz naturel local, espérant réduire les coûts de production d’électricité et limiter le déséquilibre financier du secteur.

Toute l'actualité de l'énergie en continu

Abonnement annuel

8.25€/mois*

*facturé annuellement à 99 € la première année, puis 149€/an

Accès illimité • Archives incluses • Facture pro

Abonnement mensuel​

Accès illimité • Archives incluses pendant 1 mois

5.2€/mois*
puis 14.90€ les mois suivant

*Les prix affichés sont entendus HT, TVA variable en fonction de votre localité ou de votre statut professionnel

Depuis 2021 : 30 000 articles • +150 analyses/sem.