Les autorités brésiliennes ont mené une opération nationale visant un vaste réseau de blanchiment d’argent ancré dans la filière des carburants, mobilisant 1 400 agents et ciblant 350 individus et entreprises. Le parquet de São Paulo a révélé que cette opération visait un système lié au Premier commando de la capitale (Primeiro Comando da Capital, PCC), une organisation criminelle née dans les prisons de la métropole économique brésilienne.
L’enquête, pilotée par le fisc brésilien et les procureurs fédéraux, a permis de remonter une chaîne complexe d’opérations financières illicites entre 2020 et 2024, représentant un volume de 52 milliards BRL ($9.4bn). Une partie de ces fonds provenait de la vente de carburant frelaté, produit à base de méthanol, une substance inflammable et toxique. Le réseau contrôlait directement plus de 1 000 stations-services réparties dans dix États, et avait infiltré tous les segments du marché, de l’importation à la vente au détail.
Fonds illégaux et structures financières alternatives
Selon les enquêteurs, au moins 40 fonds d’investissement auraient servi à recycler ces fonds illicites, pour un montant total estimé à 30 milliards BRL ($5.43bn). Ces capitaux étaient ensuite réinjectés dans des infrastructures de la filière carburants, dont l’achat d’usines à éthanol et d’une flotte de 1 600 camions-citerne. Cette stratégie aurait permis au réseau d’élargir son contrôle logistique et commercial tout en masquant ses sources de revenus.
L’opération a également révélé le rôle central de plusieurs fintechs dans la dissimulation des flux financiers. Une d’entre elles a été identifiée comme agissant en tant que “banque parallèle”, collectant près de 11 000 dépôts suspects en espèces entre 2022 et 2023. Ces plateformes ont été préférées aux établissements bancaires traditionnels pour contourner les contrôles réglementaires et retarder les alertes de blanchiment.
Pressions sur les acteurs économiques et saisies d’envergure
Les autorités ont saisi 1 500 véhicules, 192 biens immobiliers, deux bateaux ainsi que 300 000 BRL en espèces ($54 000). Cinq personnes ont été arrêtées. Le ministère public a rapporté que certains propriétaires de stations-service, après avoir été contraints de vendre leur entreprise à des membres du PCC, n’avaient jamais perçu le paiement et faisaient l’objet de menaces de mort s’ils tentaient de récupérer les fonds.
Des perquisitions ont été menées à São Paulo, notamment sur l’avenue Faria Lima, le principal quartier financier du pays, où siègent de nombreuses institutions financières impliquées dans les flux soupçonnés. Le ministre des Finances Fernando Haddad a déclaré que “la sophistication du crime organisé est telle que nous devons déchiffrer le parcours de l’argent”.
Le Brésil, deuxième producteur mondial de biocarburants, voit ainsi une partie de sa politique énergétique fragilisée par l’infiltration criminelle, qui exploite les chaînes d’approvisionnement et l’architecture financière du secteur pour générer des bénéfices illégaux.