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La vulnérabilité allemande au gaz russe

Alors que la maintenance de Nord Stream 1 est toujours en cours, l’Allemage craint une pénurie de gaz. Le pays cherche alors des alternatives à un tel scénario afin de limiter les conséquences sur son économie.

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La vulnérabilité allemande au gaz russe

Secteurs Pétrole, Gaz, Gaz naturel, Raffinage, Charbon
Thèmes Politique & Géopolitique
Sociétés BASF, Shell, Orsted, Gazprom, GasTerra
Pays Bulgarie, Allemagne, Danemark, Finlande, Pologne

L’Europe, depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, cherche des alternatives dans le but de réduire sa dépendance au gaz russe. Dans ce contexte, la maintenance de Nord Stream 1 perturbe d’autant plus l’approvisionnement en gaz. Celle-ci a débuté le 11 juillet, et devrait prendre fin le 21 juillet. Toutefois, des doutes s’installent.

Vers une maintenance prolongée de Nord Stream 1 ?

Un doute plane sur l’utilisation politique par le Kremlin de cette maintenance. Pour le directeur de l’IEA, un arrêt de l’approvisionnement de l’Europe en gaz à la suite de cette maintenance n’est pas à exclure. En tout cas, il est probable que la Russie tente d’allonger la période de maintenance pour renforcer la pression sur les économies occidentales. En temps normal, il est possible pour l’exploitant d’étendre la période de maintenance suite à la détection de problèmes techniques.

Un marché déjà sous forte pression

Cette décision pourrait intervenir sur un marché européen du gaz marqué par une forte demande dans un monde post-pandémique et par une fragilisation de l’offre. Moscou a déjà coupé les flux de gaz vers certains distributeurs ayant refusé le paiement en rouble.

Ainsi, la Bulgarie, la Pologne, la Finlande, le fournisseur danois Orsted, l’entreprise hollandaise Gasterra et Shell (seulement pour ses contrats allemands) ne sont plus alimentés par du gaz russe. La Russie a annoncé qu’a priori cette liste ne devrait pas s’allonger.

Par ailleurs, Gazprom a également choisi de réduire la capacité d’approvisionnement de Nord Stream 1 à seulement 40% au début du mois de juin. Les Européens interprètent cela comme une réponse à la visite de leurs leaders en Ukraine, où furent discutées de nouvelles sanctions, de nouvelles donations d’armes et l’entrée de l’Ukraine dans l’UE.

De son côté, Moscou justifie cette décision par la rétention de matériels envoyés au Canada pour maintenance à cause des sanctions. L’Italie, quant à elle, que la Russie utilise le problème à des fins politiques.

Le coût économique de l’arme politique pour Moscou

La décision d’arrêter totalement le fonctionnement de Nord Stream 1 pourrait avoir des conséquences importantes pour l’Europe mais aussi pour la Russie. La Russie exporte un tiers de son gaz en Europe. Même si le Kremlin affirme qu’une réorientation des flux gaziers vers l’Asie serait possible, il n’existe pas de pipeline pour les réorienter.

Par ailleurs, les marchés asiatiques pourraient être réluctants à l’acheter au vu des utilisations politiques de ce dernier. Ainsi, sans les approvisionnements européens, les capacités de stockage pourraient être remplies en 3 à 4 mois et la production devrait être ainsi réduite.

Les vulnérabilités de l’économie allemande au gaz russe

L’industrie allemande est le secteur consommant le plus de gaz. En 2021, elle a consommé 366 milliards de kWH, soit 36% du gaz consommé en Allemagne. Au sein du secteur industriel, l’industrie chimique est le plus gros consommateur avec 59 TWh consommés par an. Selon Moody, le seul site de BASF à Ludwigshafen utilise 4% du gaz allemand. Le 2ème consommateur est l’industrie alimentaire (31TWh) puis vient l’industrie métallique (26TWh), de l’industrie du papier (19TWh) et de l’industrie du verre et de la céramique (17TWh). Ces effets pourraient se répercuter sur d’autres secteurs.

Ainsi, des géants comme Siemens ou encore Volkswagen, appartenant au secteur industriel, sont vulnérables aux fluctuations des cours du gaz. En Allemagne, c’est particulièrement le cas d’Uniper qui cristallise les difficultés ressenties par les entreprises allemandes. La combinaison d’une réduction des approvisionnements de 25% et du blocage des prix par le gouvernement mène l’un des plus gros clients européens de Gazprom à chercher de l’aide auprès du gouvernement allemand. Les actions d’Uniper ont diminué de 66% depuis le début de l’année et atteignent leur niveau le plus bas depuis le 6 mars 2017. Par ailleurs, l’agence de notation S&P a déjà rétrogradé à la note d’investissement la plus basse.

Les ménages sont également vulnérables aux cours du gaz. Au total, 50% des ménages allemands se chauffent au gaz. Ces derniers payent déjà le gaz à un prix 2 fois plus élevé que l’année dernière et les prix pourraient augmenter encore d’ici la fin de l’année. Selon une étude de Aurora Energy Research, les prix du gaz pourraient augmenter de 2/3 d’ici la fin de l’année si les approvisionnements russes venaient à cesser.

Au total, selon la Bavarian Industry Association, un arrêt des importations russes vers l’Europe pourrait signifier une baisse de 12,7% de la performance économique allemande pour la 2ème partie de 2022. Ce ralentissement économique signifierait une perte totale de 193 milliards d’euros et pourrait affecter 5,6 millions d’emplois.

La politique de soutien du gouvernement allemand sur le court terme

Face à tous ces effets, le gouvernement allemand soutient l’économie. Tout d’abord, dans le cas d’Uniper, des échanges sont en cours pour discuter de mesures de stabilisation. Parmi ces dernières, Berlin pourrait racheter des actions et même devenir actionnaire majoritaire pour aider l’entreprise.

Face au risque de pénurie, l’Allemagne a décidé de fixer un objectif de remplissage à 80% pour ses capacités de stockage d’ici octobre et de 90% d’ici novembre. À la fin juin, les réserves allemandes étaient remplies à 61%. Pour atteindre cet objectif, l’Allemagne doit implémenter des plans de rationnements. Sans ces derniers, l’Allemagne ne se serait retrouvé qu’avec 10% de ses capacités de stockage remplies à la fin octobre.

Le Bundesnetzagentur allemand (BNetzA) est en charge de la création de ces plans d’urgences. Dans un contexte de pénuries, le chauffage des maisons, les hôpitaux et les services essentiels seraient prioritaires. Le second objectif de ces plans est de garantir la survie des grandes entreprises fortement dépendantes au gaz. Les entreprises seront choisies en fonction de leur taille, de la pertinence du secteur et des pertes économiques potentielles. L’Allemagne a déjà atteint au 2ème niveau d’urgence (sur 3) dit « plan d’alarme ».

Sur le long terme, utilisation du GNL et d’autres sources d’énergie

Sur le plus long terme, le gouvernement allemand mise sur l’utilisation de GNL. Dans les 5 premiers mois de 2022, les importations européennes de GNL ont augmenté de 58% par rapport aux niveaux de 2021. L’Allemagne a accéléré ses plans pour la construction de terminaux de GNL. Par ailleurs, elle s’apprête à lancer un projet un projet de terminal flottant à Lubmin sur la mer Baltique. Les gagnants de cette réorientation des approvisionnements sont les États-Unis et la Norvège. La Norvège est le 2ème plus grand importateur de gaz en Europe, derrière la Russie. Le gaz pourrait également être importé du Qatar ou de l’Algérie.

Toutefois, il existe des limites à cette réorientation. Tout d’abord, l’Europe possède une capacité limitée pour accueillir le GNL. De plus, une explosion a eu lieu à la mi-juin dans une installation américaine de Freeport LNG responsable de 20% des exportations américaines de GNL. Par ailleurs, le transport de GNL possède l’inconvénient de pouvoir être perturbé par le climat. Selon une étude de l’US National Atmospheric Administration en mai, il existe 65% de chance que la saison des ouragans soit anormale. Autre limite : la capacité de l’Europe à attirer des fournisseurs est dépendante de l’attractivité des prix du marché européen.

Au-delà du GNL, le gouvernement devrait augmenter l’utilisation du charbon, étendre la durée de vie des centrales nucléaires. Par ailleurs, Berlin souhaite miser sur les énergies renouvelables à long terme pour se passer du gaz.

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