Espagne-Algérie: inquiétudes sur les Relations Gazières

L'Algérie sanctionne l'Espagne après que celle-ci a notifié son soutien aux revendications marocaines sur le territoire du Sahara occidental. Ainsi, le pays d'Afrique du Nord décide de suspendre un traité d'amitié entre les deux pays et limite le commerce. Toutefois, les restrictions n'impactent pas les relations gazières entre les deux pays, ou tout du moins pas encore...

Partager:

Toute l'actualité de l'énergie en continu

Abonnement annuel

8.25€/mois*

*facturé annuellement à 99 € la première année, puis 149€/an

Accès illimité • Archives incluses • Facture pro

AUTRES ACCES

Abonnement mensuel

Accès illimité • Archives incluses pendant 1 mois

5.2€/mois*
puis 14.90€ les mois suivant

COMPTE GRATUIT​

3 articles offerts par mois

GRATUIT

*Les prix affichés sont entendus HT, TVA variable en fonction de votre localité ou de votre statut professionnel

Depuis 2021 : 35 000 articles • +150 analyses/sem.

Alors que le monde a les yeux rivés sur la situation en Ukraine et les difficultés énergétiques qui en découlent pour l’UE, un autre fournisseur énergétique de l’Union inquiète les Européens. L’Algérie, ce grand pays d’Afrique du Nord, possède d’importantes ressources d’hydrocarbures. À elle seule, elle fournit près de 11% de gaz à l’Europe, principalement à l’Espagne. Bien que la part du gaz algérien dans le mix énergétique européen soit modérée, les tensions récentes entre l’Espagne et l’Algérie font craindre la perte d’un autre fournisseur pour l’Europe. Ceci alors que, précisément, l’UE est à la recherche d’autres partenaires pour remplacer la Russie.

Un conflit diplomatique autour de la question du Sahara occidental

Territoire désertique situé au sud du Maroc et à l’ouest de l’Algérie, le Sahara occidental est une ancienne colonie espagnole qui n’a toujours pas de statut définitif depuis le départ de l’Espagne en 1976. Depuis cette date, le territoire a connu de multiples épisodes de conflits. En outre, le voisin marocain revendique l’entièreté du territoire. Tandis que le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, souhaite l’indépendance totale du Sahara occidental. Ainsi, les divergences sur cette question rendent les relations entre le Maroc et l’Algérie difficiles et conflictuelles.

Le Maroc a toujours essayé d’obtenir un soutien international sur la reconnaissance de son autorité sur le territoire sahraoui. Et depuis quelques années, il a réussi à obtenir le soutien de plusieurs pays dont les États-Unis et l’Espagne. Ceux-ci soutiennent l’idée d’une autonomie régionale du Sahara occidental au sein du Royaume du Maroc.

Bref, les positions de Madrid concernant le statut du territoire sahraoui ne sont pas appréciées par l’Algérie. Par conséquent, le pays a récemment suspendu un traité d’amitié de 20 ans avec l’Espagne. De surcroît, elle a pris des mesures pour limiter le commerce avec son voisin ibérique. Commerce, qui se réalise surtout dans le domaine de l’énergie dont le gaz. D’où les inquiétudes concernant un arrêt de l’approvisionnement.

Un arrêt de l’approvisionnement en gaz ?

Bien que le gaz continue de circuler normalement, une perturbation ébranlerait davantage les marchés énergétiques déjà tendus, où les prix atteignent des records. Un arrêt de l’approvisionnement du Maghreb vers l’Europe inquiète les Européens déjà impactés par les perturbations de l’offre russe.

L’Algérie a déjà averti l’Espagne en avril qu’elle pourrait mettre fin à ses approvisionnements si Madrid vendait du gaz algérien à d’autres pays. En outre, selon le ministère espagnol de l’Énergie, l’Espagne envisage d’envoyer du gaz, surtout du gaz naturel liquéfié (GNL), au Maroc. Mais assure cependant que cela ne sera pas du gaz algérien.

Malgré les avertissements, le président de la République algérienne a fait savoir dans un communiqué « qu’elle continuera à honorer tous ses engagements ». Le président algérien Abdulmadjid Tebboune avait même déclaré :

« Nous assurons les amis espagnols, le peuple espagnol que l’Algérie ne renoncera jamais à son engagement de fournir du gaz à l’Espagne, quelles que soient les circonstances. »

Bien que l’Algérie se montre rassurant concernant les approvisionnements en gaz durant cette période de troubles pour l’Europe, il est intéressant de se poser la question des conséquences d’un arrêt des échanges gaziers.

La dépendance de l’Espagne au gaz d’Algérie

Avant tout, il faut savoir que l’Espagne importe la quasi-totalité de ses besoins en gaz. L’année dernière, la part du gaz algérien atteignait près de la moitié des importations. Toutefois, entre janvier et avril, les importations de gaz d’Algérie ont diminué de moitié, représentant désormais le quart des importations. En cause, Alger a cessé d’utiliser un gazoduc traversant le Maroc en octobre dernier. Aussi, l’Espagne a décidé de se tourner vers les États-Unis pour se fournir en GNL. Par conséquent, les États-Unis sont devenus le premier fournisseur de gaz de l’Espagne.

Le gaz algérien s’achemine par le gazoduc sous-marin Medgaz, dont la société publique algérienne Sonatrach détient 51 % et le groupe gazier espagnol Naturgy 49%. Il arrive également par bateau sous forme de GNL.

Les relations énergétiques entre les deux pays sont profondes. En somme, plusieurs entreprises sont impliquées dans le développement des énergies en Algérie. Par exemple, Naturgy dispose de contrats d’approvisionnement à long terme avec Sonatrach. Aussi, Repsol détient des participations dans quatre projets pétroliers et gaziers en Algérie et exploite des champs gaziers. Enfin, Cepsa développe également des champs pétroliers.

Ainsi, un conflit gazier entre Alger et Madrid remettrait en cause les investissements des sociétés énergétiques espagnoles dans le pays du Maghreb. Cela causerait une possible pénurie de gaz en Espagne, surtout, mais aussi dans d’autres pays européens. Par ailleurs, cela provoquerait également une diminution des revenus étatiques en Algérie.

L’Espagne est confiante sur ses approvisionnements d’Algérie

La ministre espagnole de l’Énergie, Teresa Ribera, est confiante. Elle pense que la situation restera inchangée quand la radio Onda Cero lui a demandé si Sonatrach continuerait à honorer ses contrats.

« Les relations commerciales qui existent entre Sonatrach, qui vend du gaz, et les entreprises espagnoles qui achètent du gaz sont des relations contractuelles, commerciales, et j’ai confiance que cela restera tel quel. Si ce n’est pas le cas, ce serait un problème différent, plus complexe, à résoudre. Non pas par la diplomatie mais probablement par l’arbitrage ou les tribunaux. Pour l’instant, j’ai la plus grande confiance. »

Enfin, la ministre ajoute que rien ne lui fait penser que « cela pourrait s’effondrer unilatéralement à cause d’une décision du gouvernement algérien. »

Par ailleurs, les entreprises énergétiques espagnoles affichent également des positions confiantes. Naturgy affirme travailler normalement avec son partenaire Sonatrach. Son directeur général avait déclaré, dans le journal La Vanguardia, que sa société a conclu un contrat d’approvisionnement en gaz avec Sonatrach jusqu’en 2032, avec des dispositions prévoyant une révision des prix tous les trois ans.

Si l’Espagne et ses entreprises ne s’affolent pas sur un possible arrêt des approvisionnements, alors pourquoi cela inquiète tant ?

Implications de l’Union européenne

Comme nous l’avons vu plus tôt, l’UE s’inquiète de perdre un autre fournisseur important d’énergie. De plus, les blocages commerciaux que l’Algérie impose touchent directement à une prérogative commerciale de l’UE. Ainsi, les tensions entre l’Espagne et l’Algérie impliquent davantage d’acteurs que ces deux pays.

Selon des hauts fonctionnaires, la décision de l’Algérie de bloquer le commerce avec l’Espagne après une dispute diplomatique constituerait une violation du droit commercial de l’UE. Josep Borell, chef de la politique étrangère de l’UE, et Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne, déclarent que :

« L’UE est prête à s’opposer à tout type de mesures coercitives appliquées à un État membre de l’UE. Toutefois, l’UE continue de privilégier le dialogue en premier lieu pour résoudre les controverses. »

Cette prise de position intervient après que le ministre espagnol des Affaires étrangères s’est rendu à Bruxelles. Il ajoute que « l’Espagne n’a pas pris une seule décision qui affecte l’Algérie ».

« Nous voulons une relation basée sur l’amitié, le dialogue, le respect mutuel et la non-ingérence dans les affaires intérieures. »

En guise de réponse, l’Algérie se contente de rejeter les commentaires « hâtifs » de l’UE.

Un arrêt des approvisionnements du gaz d’Algérie vers l’Espagne reste sur la table

Nous voyons ici qu’en s’en prenant à l’Espagne, l’Algérie s’attaque également aux intérêts de l’UE. Celle-ci essaye de se passer des hydrocarbures russes et cherche à tout prix à diversifier son approvisionnement. Lorsque l’Union apprend que des tensions entre un de ses membres et un important fournisseur gazier menacent le commerce, dont l’énergie est le principal domaine d’échange, alors les inquiétudes deviennent importantes.

Désormais, le trafic de marchandises entre l’Espagne et l’Algérie s’amenuise et les conteneurs s’empilent dans les ports. Les entreprises non-énergétiques sont durement affectées et perdront des possibilités d’investissements. L’économiste en chef de la Banque centrale espagnole, Angel Gavilan, estime que le différend diplomatique avec l’Algérie pourrait avoir un impact significatif sur l’économie espagnole et sur l’inflation à court terme.

Par ailleurs, il est intéressant de noter que ces tensions profitent à la Russie, allié important de l’Algérie. Leurs relations s’intensifient dans le domaine de l’énergie en témoignent les multiples visites des représentants, dont celle de Sergueï Lavrov en mai. De plus, les deux nations collaborent étroitement au sein de l’OPEP+. Il est légitime de se demander si la Russie ne profitera pas de l’espace laissé par l’Europe pour s’implanter davantage en Algérie. Et il en va de même pour la Chine, principal partenaire commercial de l’Algérie.

Cet épisode diplomatique entre l’Algérie et l’Espagne n’est sans doute pas le dernier de la liste. En outre, la question du Sahara occidental est loin d’être réglée. L’Algérie ne changera pas de sitôt sa position, autant que le Maroc ou certains pays européens. En ces temps où tout est imprévisible, en témoigne la guerre en Ukraine, le gaz reste alors une carte importante dans le jeu de l’Algérie. D’où les préoccupations d’un arrêt de l’approvisionnement en gaz.

Les Émirats arabes unis lancent un plan énergétique de 1 milliard $ au Yémen

Global South Utilities investit 1 milliard $ dans de nouveaux projets solaires, éoliens et de stockage pour renforcer les capacités énergétiques du Yémen et étendre son influence dans la région.

Le Royaume-Uni et FirstRand mobilisent $150mn pour accélérer la transition énergétique africaine

British International Investment et FirstRand s’allient pour financer la décarbonation des entreprises africaines, à travers une facilité ciblée sur le soutien aux secteurs les plus émetteurs de carbone.

La Hongrie s’engage à soutenir la Serbie après l’arrêt des livraisons de pétrole

Budapest se mobilise pour assurer l’approvisionnement pétrolier serbe, menacé par la suspension des flux via la Croatie après les sanctions américaines contre la raffinerie NIS, détenue majoritairement par la Russie.
en_114026261130540

La Russie intensifie son rapprochement énergétique avec la Chine malgré les sanctions

Moscou affirme vouloir accroître ses exportations de pétrole et de gaz naturel liquéfié vers Pékin, tout en consolidant la coopération bilatérale dans un contexte de restrictions américaines visant les producteurs russes.

La BEI engage 2 Mds€ pour renforcer l’influence énergétique de l’UE en Afrique

La Banque européenne d’investissement mobilise 2 Mds€ de financements garantis par la Commission européenne pour des projets énergétiques en Afrique, avec un objectif stratégique inscrit dans la diplomatie énergétique de l’Union européenne.

Les recettes pétro-gazières russes chutent de 35 %, lestées par les sanctions

La Russie subit une baisse structurelle de ses revenus énergétiques alors que les sanctions renforcées contre Rosneft et Lukoil fragilisent les flux commerciaux et aggravent le déficit budgétaire fédéral.
en_11402411134540

Washington autorise les flux vers Paks II et insère des intérêts américains dans le nucléaire hongrois

La licence OFAC sur Paks II permet de contourner les sanctions contre Rosatom en échange d’un ancrage technologique américain, reconfigurant l’équilibre d’intérêts entre Moscou, Budapest et Washington.

Les petits États de l’UE renforcent leur influence énergétique en Afrique via Global Gateway

Finlande, Estonie, Hongrie et Tchéquie multiplient les initiatives bilatérales en Afrique pour capter des projets énergétiques et miniers stratégiques dans le cadre du programme européen Global Gateway.

Lula défend une sortie des fossiles sans contrainte face aux tensions à la COP30

Le président brésilien plaide pour une transition énergétique volontaire et sans échéance fixe, tout en évitant d’affronter les intérêts des pays producteurs lors des discussions de la COP30 à Belém.
en_114020201130540

L’Afrique subsaharienne capte 2,3 % des investissements mondiaux en renouvelable en 2024

La région n’a attiré qu’une faible part des capitaux mondiaux dédiés aux énergies renouvelables en 2024, malgré des besoins élevés et des objectifs de développement importants, selon un rapport publié en novembre.

Washington renforce son accord nucléaire avec Séoul et ouvre l’accès à l’enrichissement

Les États-Unis approuvent le développement par la Corée du Sud de capacités civiles d’enrichissement de l’uranium et soutiennent un projet de sous-marins nucléaires, élargissant un partenariat stratégique déjà lié à un accord commercial majeur.

Les ministres des Finances de l’UE valident le prêt de réparation adossé aux actifs russes gelés

Les Vingt-Sept s’accordent pour privilégier le mécanisme de prêt basé sur les avoirs russes immobilisés afin de financer l’aide à l’Ukraine, réduisant l’impact budgétaire national tout en garantissant une capacité de financement renforcée.
en_1140131142540

Le Canada valide une seconde série de projets énergétiques pour 56 milliards $

Le gouvernement canadien engage une nouvelle série de projets évalués à 56 milliards $ pour développer ses corridors énergétiques, accélérer l'exploitation des minéraux critiques et renforcer son infrastructure stratégique.

L’Allemagne accorde 24,3 millions $ au Nigeria pour accélérer sa transition énergétique

Berlin renforce sa coopération avec Abuja à travers un financement destiné à soutenir la diversification énergétique du Nigeria et à consolider ses infrastructures dans les énergies renouvelables.

La COP30 s’ouvre dans les tensions alors que les négociations échouent sur l’agenda initial

La COP30 débute à Belém dans un climat d’incertitude, les pays n’étant pas parvenus à s’entendre sur les sujets à inscrire à l’ordre du jour, signe de profondes divisions sur le financement climatique et la transition énergétique mondiale.
en_1140101150540

Washington verrouille l’offre de tungstène kazakh et cadre son pari C5+1

Les États-Unis sécurisent une coentreprise au Kazakhstan et des protocoles en Ouzbékistan, avec financement envisagé par l’Export-Import Bank of the United States et un acheminement structuré via le corridor transcaspien.

Trump accorde à Orban une exemption pétrolière contre un accord sur le gaz américain

Les États-Unis offrent à la Hongrie une dérogation d’un an sur les sanctions visant le pétrole russe, en échange d’un engagement d’achat de gaz naturel liquéfié américain estimé à 600 M$.

Le G7 lance plus de 20 projets pour contrer l’influence chinoise sur les minéraux

Réunis au Canada, les ministres de l’Énergie du G7 ont dévoilé une série de projets destinés à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, en réponse aux restrictions imposées par la Chine sur les terres rares.
en_1140021125540

Trump réduit à 10% les droits de douane américains sur le fentanyl chinois

Donald Trump annonce une baisse immédiate des tarifs douaniers sur les importations chinoises liées au fentanyl, passant de 20% à 10%, avec un impact potentiel sur les flux énergétiques entre Washington et Pékin.

La Jordanie prépare trois projets énergétiques majeurs avec le soutien de l’Allemagne

Amman prévoit de lancer des appels d’offres pour 400 mégawatts de projets solaires, éoliens et de stockage, dans le cadre d’un renforcement de la coopération énergétique bilatérale avec l’Allemagne.

Toute l'actualité de l'énergie en continu

Abonnement annuel

8.25€/mois*

*facturé annuellement à 99 € la première année, puis 149€/an

Accès illimité • Archives incluses • Facture pro

Abonnement mensuel​

Accès illimité • Archives incluses pendant 1 mois

5.2€/mois*
puis 14.90€ les mois suivant

*Les prix affichés sont entendus HT, TVA variable en fonction de votre localité ou de votre statut professionnel

Depuis 2021 : 30 000 articles • +150 analyses/sem.