L’annonce du remplacement de Luc Rémont à la direction d’Électricité de France (EDF) intervient dans un contexte de forte tension entre le fournisseur historique d’électricité et les secteurs industriels fortement consommateurs d’énergie. Depuis plusieurs mois, ces derniers alertent le gouvernement français sur les conséquences économiques de la fin prochaine du dispositif d’Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique (Arenh), et sur la hausse annoncée des prix.
Une politique tarifaire sous pression
Le directeur général du groupe Saint-Gobain, Benoit Bazin, a récemment critiqué publiquement la stratégie commerciale d’EDF, qualifiant les décisions tarifaires de « bras d’honneur à l’industrie française ». Il fait notamment référence à l’annonce par EDF, début mars, de mettre aux enchères des volumes d’électricité, rompant avec un engagement pris en novembre 2023 de proposer des contrats à long terme à tarifs compétitifs aux industries électro-intensives. Saint-Gobain, qui opère plus de 900 sites de production dans le monde, fait partie des groupes concernés.
Ce revirement inquiète les industriels, qui dépendent d’une énergie abordable pour maintenir leur activité sur le territoire français. Certains acteurs, comme les aciéries ou les papeteries, envisagent de réduire leur activité ou de décaler leurs productions vers des créneaux horaires moins coûteux.
Un modèle de régulation remis en question
Instauré en 2011, le système Arenh contraignait EDF à céder jusqu’à 100 térawattheures d’électricité nucléaire à 42 euros par mégawattheure. Cette régulation, imposée par la Commission européenne, visait à introduire une forme de concurrence sur le marché français de l’électricité. Toutefois, ce tarif était inférieur aux coûts de production d’EDF, accentuant les difficultés financières de l’entreprise, déjà confrontée à la nécessité de financer le programme de construction de six nouveaux réacteurs nucléaires.
Les discussions sur le système appelé à succéder à l’Arenh, dont l’échéance est fixée à décembre 2025, ont débouché sur un blocage, accentuant la frustration des clients industriels. Le ministre de l’Énergie et de l’Industrie, Marc Ferracci, a intensifié ses déplacements sur le terrain et multiplié les réunions avec les représentants de ces secteurs, en insistant sur la nécessité d’assurer une visibilité tarifaire aux industriels.
Une transition énergétique sous contrainte économique
Le président de l’Union des industries utilisatrices d’énergie (Uniden), Nicolas de Warren, a réfuté l’idée selon laquelle le départ de M. Rémont serait une réponse directe aux protestations industrielles. Il a souligné que la priorité demeurait le financement du programme nucléaire estimé à 70 milliards d’euros, une somme très supérieure aux enjeux commerciaux immédiats.
Une source étatique proche du dossier a confirmé à la presse que ce changement de direction ne devait pas être interprété comme une sanction. L’objectif affiché du gouvernement reste de concilier développement industriel et stratégie énergétique, tout en consolidant la filière nucléaire.
Un cadre dirigeant d’EDF ayant requis l’anonymat a précisé que malgré les résultats « extrêmement positifs » pour l’année 2024, les investissements nécessaires restent massifs. Il a ajouté qu’en l’absence de revenus suffisants, la capacité d’endettement de l’entreprise serait limitée, posant un risque pour la réalisation des projets en cours.