Saudi Aramco, premier producteur de pétrole du Moyen-Orient, envisage de s’associer à des projets de nouvelles raffineries en Inde, relançant ainsi son intérêt pour le marché indien après deux tentatives infructueuses. Cette reprise d’intérêt intervient alors que Bharat Petroleum Corporation Limited (BPCL) et Oil and Natural Gas Corporation (ONGC), deux entreprises publiques indiennes, préparent la construction de nouvelles unités de raffinage dans les États de l’Andhra Pradesh et du Gujarat.
Raffineries stratégiques pour sécuriser les débouchés
Les raffineries envisagées par BPCL et ONGC pourraient permettre à Aramco de garantir un débouché stable pour ses exportations de pétrole brut vers l’Inde, qui représentait en 2024 son troisième plus grand marché après la Russie et l’Irak. Selon les données de S&P Global Commodities at Sea, l’Arabie saoudite a exporté 625 000 barils par jour de brut vers l’Inde cette année-là.
Malgré l’absence de commentaire officiel sur des investissements précis, Saudi Aramco a réaffirmé que l’Inde reste une priorité stratégique. En cas d’accord, une participation dans les raffineries indiennes permettrait non seulement de sécuriser l’approvisionnement en brut mais aussi de bénéficier des retombées du raffinage et de la distribution sur le marché intérieur indien.
Contexte d’échecs précédents et nouvelles perspectives
Les ambitions antérieures d’Aramco, notamment son implication dans le projet de méga-raffinerie de Ratnagiri et la tentative d’acquisition d’une part de 20 % dans la division Oil-to-Chemicals de Reliance Industries, n’ont pas abouti. Le projet Ratnagiri, initialement conçu avec Indian Oil Corporation (IOC), Hindustan Petroleum Corporation Limited (HPCL) et BPCL, a été retardé à plusieurs reprises. Quant à l’accord avec Reliance, évalué à 15 milliards de dollars, il a été annulé d’un commun accord pour être réévalué.
Aujourd’hui, les projets de BPCL et ONGC ouvrent une nouvelle fenêtre d’opportunité. Toutefois, selon des experts du secteur, Aramco avance avec prudence et ne finalisera aucun accord sans garanties solides, notamment sur les volumes de brut à fournir.
Capacité croissante et intégration pétrochimique
L’Inde ambitionne de porter sa capacité de raffinage de 258,1 millions de tonnes par an à 309,5 millions de tonnes d’ici 2028. S&P Global Commodity Insights prévoit que d’ici au début des années 2030, le pays devra ajouter 400 000 barils par jour de capacité supplémentaire pour répondre à la croissance de la demande. Outre les nouvelles unités en projet, IOC et BPCL étendent aussi leurs installations existantes à Panipat, Paradip, Bina et Gujarat, avec un accent croissant sur l’intégration pétrochimique.
HPCL Mittal Energy a également renforcé ses capacités avec une intensité pétrochimique atteignant 20 %, tandis qu’un nouveau complexe de 9 millions de tonnes par an est en développement à Rajasthan. Selon des responsables du secteur, Aramco pourrait privilégier ces nouvelles unités, qui offriraient un accès progressif et ciblé au marché, sans s’engager dans l’exploitation directe des raffineries.