Le groupe Ørsted a engagé une procédure judiciaire aux États-Unis contre la décision de l’administration Trump de suspendre son projet éolien Revolution Wind, situé au large des côtes du Rhode Island et du Connecticut. Le développeur danois, spécialisé dans l’éolien en mer, a annoncé avoir saisi le tribunal fédéral de Washington afin d’obtenir une injonction préliminaire contre l’ordre de suspension, émis au nom de la « sécurité nationale ».
Une coentreprise et des autorisations déjà validées
Revolution Wind est porté par une coentreprise à parts égales entre Ørsted et Skyborn Renewables, filiale de Global Infrastructure Partners, désormais intégré à BlackRock. Le parc devait commencer à produire de l’électricité début 2026 pour alimenter deux États de la côte Est. Ørsted affirme que le projet subit un « préjudice important » en raison de son interruption, malgré l’obtention de toutes les autorisations fédérales et étatiques dès 2023. Le processus d’examen réglementaire avait débuté neuf ans plus tôt et s’était conclu par un record of decision (ROD) signé par le Bureau of Ocean Energy Management (BOEM) et d’autres agences.
704 MW et près de 90% d’avancement
D’une capacité installée de 704 MW, le projet comprend jusqu’à 65 éoliennes et deux sous-stations en mer. Il est conçu pour fournir 400 MW au Rhode Island et 304 MW au Connecticut, dans le cadre de contrats d’achat d’électricité d’une durée de 20 ans. Selon les dernières données disponibles, 58 turbines ont déjà été installées, soit environ 87% d’avancement du chantier.
Le projet a connu une évolution de sa structure actionnariale. L’énergéticien américain Eversource a finalisé son retrait de l’éolien en mer en cédant à Global Infrastructure Partners sa participation dans Revolution Wind et South Fork Wind. Le montant brut ajusté de la transaction s’élève à $745mn.
Une suspension motivée par des considérations de sécurité
Le 22 décembre 2025, le département de l’Intérieur des États-Unis a annoncé la suspension immédiate des baux pour cinq projets majeurs d’éolien offshore sur la côte Est, dont Revolution Wind. La suspension, initialement prévue pour au moins 90 jours, pourrait être prolongée. Les autorités fédérales invoquent des risques d’interférences radar causées par les structures et les mouvements des pales des éoliennes, une justification contestée par plusieurs États et représentants locaux.
Dominion Energy Virginia, en charge du projet Coastal Virginia Offshore Wind (CVOW), a également initié une action en justice similaire contre cette suspension.
Un contexte américain déjà fragilisé pour l’éolien en mer
L’arrêt temporaire des chantiers s’inscrit dans un climat de tension pour l’éolien offshore aux États-Unis, marqué par une hausse des coûts de construction, des difficultés logistiques et une pression accrue sur les chaînes d’approvisionnement. Ces facteurs, combinés à l’augmentation des taux d’intérêt, ont conduit plusieurs développeurs à réduire leurs engagements. Ørsted avait ainsi annoncé début 2025 une dépréciation de 1,6 milliard d’euros liée à ses projets américains, dont Sunrise Wind.
Depuis janvier 2025, Donald Trump a multiplié les déclarations critiques contre l’éolien, accompagnées de mesures restreignant l’octroi de permis et de soutiens financiers fédéraux. Ces décisions ont affecté la viabilité de nombreux projets en développement, notamment sur la côte Atlantique.