Les petits réacteurs nucléaires modulaires (Small Modular Reactors – SMR) s’imposent comme un levier stratégique dans la recomposition du marché énergétique américain. DevvStream Corp., IP3 Corporation, Southern Energy Renewables Inc. et XCF Global Inc. ont signé un protocole d’accord non contraignant visant à évaluer un cadre de collaboration autour de la production électrique issue de SMR, de la fabrication de carburants durables pour l’aviation et de la monétisation d’attributs environnementaux. Cette initiative vise à structurer un modèle intégré de production énergétique bas-carbone dédié aux applications industrielles critiques.
Une réponse à la demande en énergie continue pour l’industrie
Le projet, s’il aboutit à des accords définitifs, permettrait d’alimenter en électricité stable des sites fortement consommateurs tels que les centres de données, les raffineries de carburants de synthèse ou les plateformes industrielles. Le protocole prévoit d’utiliser l’électricité produite par les SMR pour soutenir les procédés d’électrolyse, la production d’hydrogène et la synthèse de carburants à faible teneur carbone, notamment dans le cadre d’un projet de raffinerie en Louisiane. Les excédents de production énergétique pourraient également être proposés à des clients industriels tiers via des contrats d’achat.
Les signataires considèrent cette collaboration comme un moyen d’accélérer la construction d’infrastructures énergétiques critiques basées sur des technologies nucléaires récentes. L’enjeu est d’associer la sûreté de l’approvisionnement énergétique à des capacités de décarbonation industrielle, dans un contexte de croissance soutenue des besoins énergétiques, en particulier dans les secteurs numériques et manufacturiers.
Structuration environnementale et monétisation des attributs
Au-delà de la production d’énergie, les partenaires souhaitent établir un écosystème de valorisation d’attributs environnementaux compatibles avec les exigences de conformité des marchés. Parmi les outils envisagés figurent les certificats SAF (Sustainable Aviation Fuel) et les systèmes « book-and-claim », qui permettent aux entreprises de revendiquer des réductions d’émissions vérifiées en l’absence de livraison physique de carburants. Ces structures répondraient aux besoins croissants des entreprises soumises à des obligations de reporting extra-financier ou cherchant à atteindre des objectifs de neutralité carbone.
Dans cette optique, le protocole d’accord prévoit également le développement d’une infrastructure numérique visant à renforcer la transparence et l’auditabilité. L’utilisation de systèmes de mesure, de reporting et de vérification (MRV) numériques est évoquée, ainsi que la tokenisation des actifs environnementaux générés. Cette approche vise à garantir la traçabilité des réductions d’émissions tout en facilitant leur échange sur les marchés secondaires.
Une stratégie industrielle tournée vers l’export et les marchés numériques
Le modèle envisagé pourrait être étendu à l’international, notamment en Europe, où la demande pour des carburants durables et des sources d’électricité stables est en hausse. IP3 Corporation, l’un des signataires de l’accord, ambitionne de développer des plateformes SMR destinées à alimenter à la fois des clients gouvernementaux et commerciaux. Ce positionnement répond à la montée en puissance des besoins énergétiques dans les centres de données alimentés par l’intelligence artificielle, la défense nationale ou les chaînes de production avancées.
Parallèlement, d’autres acteurs du secteur nucléaire poursuivent leurs propres initiatives. Constellation Energy Corporation a récemment été récompensée pour un contrat d’achat d’électricité à long terme signé avec Microsoft, marquant le redémarrage d’une unité nucléaire en Pennsylvanie. De son côté, NuScale Power Corporation soutient son partenaire stratégique ENTRA1 Energy dans un programme d’investissement américano-japonais qui pourrait mobiliser jusqu’à $25bn pour construire une flotte de centrales SMR, avec des objectifs spécifiques dans les domaines de la défense, de l’intelligence artificielle et de l’industrie lourde.
Un marché nucléaire en croissance malgré des contraintes persistantes
D’après plusieurs cabinets d’étude, la valeur du marché mondial du nucléaire devrait atteindre entre $38bn et $42bn en 2026, contre environ $40.48bn en 2025. Ce développement s’inscrit dans un contexte où les États renforcent leur dépendance à des sources électriques décarbonées mais pilotables. Si les SMR suscitent un intérêt croissant, le secteur nucléaire reste confronté à des contraintes structurelles liées aux coûts d’investissement initiaux, à la durée des chantiers et à la perception publique en matière de sécurité et de gestion des déchets.
Néanmoins, le recours au nucléaire civil dans des applications industrielles ciblées, associé à des mécanismes de valorisation numérique et environnementale, pourrait renforcer l’ancrage de cette technologie dans un mix énergétique en mutation rapide. L’approche adoptée par DevvStream, IP3, Southern et XCF illustre une tendance à la spécialisation énergétique autour de partenariats intersectoriels et de plateformes technologiques intégrées.